Valeurs du Judaïsme et Front National

Dernière mise à jour Jeudi, 19 janvier 2012 10:15 Ecrit par Gérard Akoun Jeudi, 19 janvier 2012 10:15

Interrogé par le journal Sud Ouest sur les tentatives de Madame Le Pen de courtiser la communauté juive en vue de l’élection présidentielle, Gilles Bernheim, le Grand Rabin de France, a répondu que « les valeurs du judaïsme sont incompatibles avec celles du Front National et quel que soit le positionnement de Marine Le Pen aux côtés d’Israël cela ne changera rien ». Il faut saluer cette déclaration claire et ferme du Grand rabbin qui rappelle aux juifs de ce pays qui seraient tentés d’apporter leurs voix à madame Le Pen, que l’acceptation de l’étranger- nous répétons chaque année à Pessah, respecte l’étranger car tu as été étranger au pays d’Egypte- la tolérance, le respect des faibles, la justice, le partage, illustrés dans de nombreux textes bibliques ne sont pas des valeurs partagées par le Front National. C’est même tout le contraire.
Que défend, que propose Mme Le Pen ? Le rejet de l’étranger, en l’occurrence l’immigré, le rejet de la différence, la préférence nationale, le repli sur les valeurs traditionnelles de la France, il faut lire chrétiennes, dont sont évincés, ceux qui ne sont pas chrétiens. Le grand rabbin a eu raison de prendre position, dans ce qui n’est pas seulement un débat politique dans lequel, au nom du respect de la laïcité, il aurait tort de s’immiscer mais un débat idéologique. Tout ce qui est synonyme d’exclusion, retentit, devrait retentir comme une sonnette d’alarme, dans la tête de chacun et de chaque juif en particulier, mais ce ne semble pas être le cas en cette veille d’élection : en 2002 70% des personnes interrogées, dans les sondages, estimaient que le parti lepéniste représentait un danger pour la démocratie, elles ne sont plus, en 2012 que 51%. Mme Le Pen a réussi depuis qu’elle a pris la direction du Front National, à en gommer le côté extrémiste et repoussoir, à le banaliser. Il lui reste, et elle s’y emploie, à effacer les traces de l’antisémitisme viscéral dont son père faisait preuve. Elle cherche, à ce que la communauté juive organisée ou non lui décerne un brevet d’antiracisme, du moins à l’égard des juifs et il lui semble que le meilleur chemin pour y parvenir, passe par Israël. En décembre 2011, Louis Alliot, son compagnon et numéro 2 du FN, s’était rendu en Israël pour y présenter le candidat du FN au poste de député de la 8ème circonscription des français de l’étranger. Il avait déclaré « vu le contexte politique actuel, je pense que Marine Le Pen incarne un espoir important et je suis certain que nous aurons beaucoup de voix dans la communauté juive en France et parmi les franco-israéliens ». Le discours antimusulman de Mme Le Pen devait, pensait-il, lui assurer en Israël une complicité dans les milieux officiels, au moins dans la droite ou l’extrême droite israélienne qui aurait eu, en France, valeur d’adoubement. Les 51% de français qui estiment que l’on accorde trop de droits à l’islam et aux musulmans de France, se seraient sentis confortés dans leur xénophobie et parmi eux, bien entendu, des juifs qui penseraient soutenir Israël en votant pour le FN. C’est à ces juifs en particulier que le Grand rabbin de France s’est adressé en disant quel que soit « le positionnement de Marine Le Pen aux côtés d’Israël, cela ne changera rien ». Les valeurs du judaïsme ne peuvent fluctuer en fonction d’un soutien plus ou moins important, plus ou moins chaleureux à l’Etat d’Israël. Les valeurs du judaïsme ne peuvent être tributaires de calculs politiques et Louis Alliot n’a donc pas eu, heureusement, en Israël, un accueil à la hauteur de ses espérances.
Nous continuerons à combattre l’exclusion, le rejet de l’autre, le racisme, la xénophobie, ces maux dont nous avons longtemps souffert, car ils sont contraires à nos valeurs. Et nous les combattrons encore même si, aujourd’hui, nous n’en sommes plus les premières victimes. Mais nous savons aussi qu’un parti construit sur une base raciste, s’il peut changer de cible, restera un parti raciste : pour Mme Le Pen qui ne se veut pas antisémite, le musulman d’aujourd’hui est le juif d’hier.


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