Une situation inextricable

Dernière mise à jour mardi, 22 mai 2018 10:58 Ecrit par Gérard Akoun mardi, 22 mai 2018 10:58


Carnage, massacre, bain de sang, tous ces mots et bien d’autres encore ont été largement utilisés pour décrire les dramatiques évènements qui se sont déroulés ce lundi devant les barrières qui séparent Gaza du territoire israélien et devant lesquelles se pressaient environ quarante mille personnes, hommes, femmes, enfants, parmi lesquelles certains espéraient ou s’imaginaient pouvoir les renverser alors que l’armée israélienne avait averti que ses soldats avaient ordre de tirer à balles réelles si nécessaire pour les en empêcher.

On est bouleversé à juste titre par tous ces morts et ses blessés mais il faut essayer de comprendre pourquoi il ne pouvait en être autrement.
Chaque vendredi depuis le 30 mars des milliers de palestiniens se retrouvaient pour « la marche du grand retour » devant ces rangées de barbelés, devant cette clôture qui leur interdisaient l’entrée sur le territoire israélien. Il y avait déjà eu des morts et des blessés les semaines précédentes quand des manifestants s’approchaient trop près des barbelés pour tenter de les cisailler Cette manifestation qui émanait de la société civile gazaouie se voulait de prime abord pacifique, elle avait pour but d’obtenir le retour chez eux, c’est-à-dire en Israël, de tous les palestiniens et de leurs descendants qui avaient été expulsés de leurs villages, de leurs maisons ou qui avaient fui les combats, pendant la guerre de 1948. Officiellement elle n’était pas organisée par le Hamas, mais elle était autorisée et soutenue par le Hamas et bénéficiait de son soutien logistique. Interviewé la semaine dernière par Piotr Smolar le correspondant du Monde en Israël, le chef militaire du Hamas, Yahya Sinouar, avait déclaré, à propos de ces manifestations, et des risques encourus si les manifestants tentaient de franchir massivement la clôture, je cite : « Quel est le problème si des centaines de milliers de personnes passent la clôture qui n’est pas une frontière reconnue ? »
Ill pouvait, pourtant, prévoir que la foule serait plus importante encore que les semaines précédentes, car elle ne manifesterait pas seulement pour le retour mais aussi contre le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, qu’il y aurait encore plus de jeunes, plus de militants aguerris pour essayer de forcer le passage et encore plus de victimes qui tomberaient sous les balles israéliennes. Le Hamas n’a pas appelé les femmes et les enfants à se tenir éloignés des barbelés israéliens pour ne pas risquer d’être blessés ou tués. Un bébé de huit mois serait mort victime des lacrymogènes, j’emploie le conditionnel parce qu’on ne connait pas la raison exacte de sa mort, mais que faisait-il dans cette manifestation ? les agences de presse ont annoncé la nouvelle qui a circulé sur tous les média, photo à l’appui, sans se poser cette question ! mais pour le Hamas, je cite : « si une génération meurt une autre la remplacera, les palestiniens se sont toujours sacrifiés dans leur lutte pour leurs droits. » Cyrille Louis, correspondant du Figaro rapporte que de fausses nouvellesont circulé pour stimuler les manifestants je cite : les jeunes de Khan Younes sont entrain de découper la clôture, c’est le jour de la victoire, les soldats de l’occupation ont commencé à reculer sous l’assaut de nos frères ».Les jeunes, blessés par balle, se comptent par centaines mais parmi les soixante morts, il y a cinquantemembres du Hamas, un chiffre revendiqué par un responsable de l’organisation islamiste. Les israéliens ne tuaient pas au hasard avec leurs fusils à lunettes, ils avaient annoncé ce même chiffre, mais ils blessaient au hasard en tirant dans la foule.
En abandonnant momentanément l’action militaire pour s’essayer à la résistance populairepacifique, le Hamas a mis Israël en difficulté. L’armée ne pouvait prendre le risque delaisser des palestiniens pénétrer en territoire israélien en s’opposant aux manifestants avec modération.Pour les en empêcheril fallaitréagir brutalement. C’est ce qu’elle a fait ! De nombreux commentateurs, de nombreux responsablespolitiques aboutissent aux mêmes conclusions, mais ils n’en condamnent pas moins la violence de la réaction israélienne, tant de morts, tant de blessés. Les israéliens pouvaient-ils utiliserd’autres moyens que le tir àballes réelles pour protéger leur frontière sachant que si, des palestiniens avaient pu latraverser, ce n’aurait pas été pour faire du tourisme ? La question reste posée.Les dirigeants israéliens n’ignoraient pas qu’une tentative de ce type était possible, compte tenu de la situation désespérée dans laquelle se trouvent les Gazaouites, ils n’ont pas, pour autant, fait beaucoup d’efforts pour faire baisser les tensions qui régnaient dans ce territoire, en desserrant partiellement leur blocus.
Les Gazaouites vont continuer semble-t-il à manifester au moins jusqu’au cinq juin, date du cinquantième anniversaire du déclenchement de la guerre des six jours et ensuite ? Tant que des dirigeants courageux ne diront pas à leurs peuples respectifs, les uns aux palestiniens qu’il ne peut y avoir de retour dans ce qui est aujourd’hui Israël mais qu’il pourrait y avoir un éventuel retour dans ce qui serait un Etat palestinien aux côtés d’Israël, les autres aux israéliens que les palestiniens ne partiront pas, que s’ils veulent continuer à vivre dans un état juif et démocratique et être légitimés dans le monde qui les entoure, ils doivent permettre la naissance d’un état palestinien à leurs côtés, Sans cela, rien ne sera possible et la situation ira en s’aggravant.
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