Une paix russe en Syrie

Dernière mise à jour jeudi, 30 novembre 2017 09:54 Ecrit par Gérard Akoun jeudi, 30 novembre 2017 09:54


Des négociations inter syriennes reprennent sous l’égide de l’ONU pour trouver une issue politique à cette guerre civile qui a fait des centaines de milliers de mort et de blessés. Une guerre que Bachar El Assad n’aurait pu gagner sans le soutien militaire de ses alliés, la Russie et l’Iran, et le peu d’empressement des américains à le combattre, que ce soit sous la présidence d’Obama ou de celle de Trump, qui, lui, s’en est désintéressé, laissant aux russes le soin de régler le problème. L’essentiel était de se débarrasser du califat. Mission accomplie.

Les négociations qui se tiendront à Genève auront quelques chances d’aboutir dans la mesure où Daesh a été écrasé, personne ne le regrettera, et que ce qu’il reste de l’armée syrienne libre, est laminé. Les russes font pression sur Bachar El Assad, leur protégé, et l’opposition est contrainte de discuter avec le régime sans conditions préalables. Le boucher de Damas, le bourreau de son peuple restera en place, plus personne ne réclame son départ. Les russes et les iraniens s’y opposent à court terme. Les américains, les français qui ont, quelque peu aidé les forces démocratiques d’opposition se contentent de rappeler les crimes du régime et d‘assurer les uns, par la voix de leur ambassadrice à l’ONU que Bachar El Assad ne peut incarner l’avenir de son peuple, les autres par la voix d’Emmanuel Macron que Bachar El Assad devrait un jour répondre de ses exactions. Vae victis, malheur aux vaincus. Mais la situation ne va pas se stabiliser pour autant. La Syrie ne se remettra pas si tôt des destructions et des crimes qui y ont été commis.
Deux coalitions s’étaient formées, pour combattre Daesh en Syrie et en Irak, l’une comprenant la Russie, l’Iran, ses supplétifs et la Turquie, l’autre les Etats Unis et les Occidentaux, l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis et les Kurdes. Les russes dominent la première coalition, ils avaient l’avantage d’avoir une base militaire en Syrie, à Tartous et un traité d’assistance avec la Syrie qui leurs permettait d’intervenir sur le territoire syrien s’ils y étaient appelés. L’Iran a soutenu le régime syrien en armant, en finançant, en entrainant des milices chiites, des pasdarans issus de différents pays de la région et le hezbollah libanais, entre cinq et dix mille combattants qui se sont substitués à l’armée syrienne défaillante. Ils ont aussi apporté une aide précieuse à l’aviation russe en la guidant à partir du sol dans ses bombardements. C’est une coalition gagnante ! Bachar El Assad se maintient au pouvoir, la Russie a refait une entrée triomphante au Moyen Orient, elle est devenue incontournable, elle pèsera dans tous les conflits de la région. L’Iran renforce sa position de puissance régionale à travers les deux croissants chiites, et voudrait obtenir l’ouverture d’une base en Syrie sur les bords de la Méditerranée. Quant à la Turquie, troisième composante de cette coalition, son principal objectif est d’empêcher, par tous les moyens, la création d’un Etat kurde !
Pour ce qui concerne la deuxième coalition, force est de constater que les atermoiements des Etats Unis ont mis ses participants dans une position difficile. La coalition a laissé les mains libres à Vladimir Poutine. Elle est pratiquement hors jeu. De plus, Donald Trump en donnant l’impression de se dégager du Moyen Orient, a semé le doute dans l’esprit de ses principaux alliés arabes. « L’Amérique d’abord », cela peut signifier la fin des alliances indéfectibles d’où la tentation pour le nouvel homme fort d’Arabie Saoudite de nouer une alliance avec un pays voisin Israël qui n’est ni chiite ni sunnite, mais qui présente l’avantage de partager le même ennemi. Il y a 70 ans, le 29 novembre, l’ONU votait le plan de partage de la Palestine et la création de l’état d’Israël auquel s’opposait l’Arabie saoudite. Les temps changeraient ils ?

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