Une élection sans précédent

Dernière mise à jour jeudi, 20 avril 2017 11:31 Ecrit par Gérard Akoun jeudi, 20 avril 2017 11:30


Le premier tour de l’élection présidentielle se déroulera le 23 avril, dans trois jours, et pourtant prés d’un quart des électeurs n’ont pas encore choisi le candidat pour lequel ils voteront. Quatre candidats sont en tête, ils sont au à coude à coude, deux d’entre eux pourront se maintenir au second tour et l’un des deux deviendra le prochain Président de la République. Chaque électeur devra mettre son bulletin dans l’urne en se projetant sur ce second tour, son choix du premier tour sera déterminant pour élire le prochain président.

Pour qui voter ? La décision de François Hollande de ne pas se représenter, l’élimination de Sarkozy, de Juppé aux primaires de la droite, celle de Vals aux primaires de la gauche, ont permis l’émergence de François Fillon pour le parti les républicains, de Benoît Hamon pour le Parti socialiste, deux candidats aux positions plus tranchées, plus marquées idéologiquement. François Fillon qui s’était présenté comme le chevalier blanc, l’homme intègre, s’est retrouvé embourbé dans « les affaires » et dans ses mensonges, que tout le monde connait et sur lesquels, je ne reviendrai pas. Mis en examen, il ne s’est pas retiré de la course, il a renié sa promesse de le faire. Benoît Hamon, a mené, sur le plan stratégique, une campagne que je pourrais qualifier d’irréaliste, son programme ouvre des perspectives qui trouveront, peut être, leur application dans dix ou vingt ans. Sur le plan tactique, il n’a pas compris que son principal concurrent n’était pas Emmanuel Macron mais Jean Luc Mélenchon qui lui a siphonné ses électeurs, le mettant ainsi hors jeu pour le deuxième tour. Le chef de la France insoumise a fait une belle remontée dans les sondages, ses talents de tribun, son inventivité, l’ont porté à la troisième ou quatrième place dans les sondages et ses électeurs semblent lui rester fidèles. Emmanuel Macron s’est présenté comme un candidat anti système ni de gauche, ni de droite ni même du centre. Adversaire résolu de l’opposition gauche –droite stérile le plus souvent, il a attiré à lui, un électorat, de gauche comme de droite, lassé des querelles idéologiques, avide de nouvelles têtes. Marine Le Pen ne se soucie plus de dédiabolisation, elle a eu des propos, pour le moins douteux, sur la rafle du Vel d’hiv, elle durcit son discours sur l’identité française, sur l’immigration, sur la sécurité, elle réaffirme les fondamentaux du front national, elle est contre l’l’Europe, contre l’euro, pour le protectionnisme et la fermeture des frontières.
Le dilemme reste entier pour de très nombreux électeurs, selon le très récent sondage Cevipof, prés de 25% ne se sont pas encore déterminés et l’abstention devrait atteindre les 28%. Une fois de plus, pour beaucoup, ce ne sera pas un vote d’adhésion mais un vote de raison, un vote par défaut, en quelque sorte. Le vote pour Benoît Hamon est devenu un vote inutile. Il est exclu de voter pour Marine Le Pen pour les raisons,déjà, évoquées Reste à choisir entre Fillon, Macron et Mélenchon.
Comment voter pour François Fillon qui représente la droite catholique, conservatrice, la plus réactionnaire au sens propre du terme, homophobe, antisémite, proche de « sens commun » la manif pour tous dont il fera de ses dirigeants, des ministres ? Comment voter pour celui qui, sur le plan social, veut supprimer 500000 postes de fonctionnaires, supprimer les 35 heures, et faire travailler les gens 39 heures par semaine payées 37, alors qu’il est soupçonné d’avoir grassement payé sa femme et ses enfants pour des emplois présumés fictifs ? Comment voter pour un homme qui en politique étrangère a des positions ambigües vis-à-vis de Poutine et d’Assad, et qui rencontre le Hezbollah ? Peut-on passer outre à ses mensonges, à son addiction à l’argent ? Nos concitoyens demandent une moralisation de la vie politique, croyez vous que François Fillon soit le mieux placé pour l’entreprendre ? Alors Mélenchon ou Macron ? Jean Luc Mélenchon, le candidat de gauche par excellence qui veut tout révolutionner, je cite en vrac : augmenter fortement les salaires et les retraites, s’affranchir des règles européennes d’encadrement, sortir du FMI et de la Banque mondiale, refuser les traités de libre échange, sortir de l’OTAN, arrêter les guerres par une diplomatie active et indépendante au service de la paix, s’entendre avec la Russie. On peut comprendre qu’il puisse galvaniser des foules, mais si Jean Luc Mélenchon se retrouve face à Marine Le Pen au deuxième tour, Marine Le Pen sera élue parce que la droite même modérée ne votera pas pour lui. Reste Emmanuel Macron ni de droite ni de gauche. Il a précisé son programme mais ses propositions, il ne faut pas se le cacher, restent souvent ambigües,. Il faut prendre, seulement, en considération le fait qu’il est le seul à pouvoir battre largement Marine Le Pen au second tour et à nous épargner une répétition de la situation vécue en 2002 : voter au deuxième tour pour le candidat de la droite Fillon, en l’occurrence, pour empêcher, Marine Le Pen d’accéder à la fonction suprême.

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