Un violon sur une tombe

Dernière mise à jour jeudi, 18 novembre 2010 10:59 Ecrit par Meïr Waintrater jeudi, 18 novembre 2010 10:59

Ce mardi 16 novembre, nous avons accompagné Adam Loss dans son dernier voyage. Le nom d’Adam Loss ne dit peut-être pas grand-chose aux plus jeunes des Juifs français. Mais cet homme a eu – des années 1960 aux années 1980, essentiellement – un rôle déterminant dans la vie de la communauté juive. Lui rendre hommage aujourd’hui, c’est aussi jeter un regard sur les années qui ont formé le judaïsme français.

Adam Loss était le directeur général du Fonds social juif unifié durant ces années où la communauté acheva de se reconstruire après l’épreuve de la Shoah, et tout aussitôt connut un formidable apport de sang neuf avec l’arrivée des Juifs d’Afrique du Nord. Les restitutions allemandes et l’héritage du scoutisme juif marocain, l’insertion dans la Cité et la solidarité avec Israël, le mensuel «L’Arche» et les centres communautaires, mille autres choses encore: un véritable tourbillon créatif, dont le FSJU était l’axe central.

Il n’est pas indifférent que l’homme qui tenait la barre durant ces années décisives ait été lui-même, dans sa vie qui vient de s’achever, l’homme d’une transition. Il a 12 ans quand sa famille est enfermée dans un ghetto de Pologne, en 1940. Son père et l’une de ses sœurs seront assassinés. À la Libération, il arrive en France. Il ignore tout de la langue française, mais après peu d’années il saura la parler à la perfection.

Adam Loss est issu de la grande cuvée de l’Union des étudiants juifs de France des années d’après-guerre, aux côtés du rabbin Léon Askénazi (plus connu sous le nom de «Manitou»), de Théo Klein, d’Ady Steg et d’autres, qui seront plus tard à la tête de la communauté. C’est sur les épaules de ces géants-là que nous sommes perchés. Leur amour du peuple juif, allant de pair avec une fidélité totale à la France et un attachement absolu aux valeurs universelles, c’est le legs d’une génération.

Voilà ce que je me disais, ce mardi après-midi devant la tombe fraîche d’Adam Loss, tandis qu’un violon jouait «Yeroushalaïm shel zahav».



2 Commentaires

  1. Joël Le Bras   |  lundi, 11 mars 2013 à 11 h 52 min

    Emouvant. J’ai bien connu Adam Loss et sa famille dans les années 70. Je me doutais qu’il pouvait être décédé vu son âge, 82 ans je crois… Il était effectivement un homme « bien » dans tous les sens du mot. J’ai une pensée pour ses quatre enfants.
    Joël

  2. Suissa   |  dimanche, 20 mars 2016 à 10 h 21 min

    Je tombe par le plus grand des hasards,sur cet émouvant hommage à Adam Losd. J’en éprouve un choc profond. C’est lui qui m’engagea en octobre 1961, au FSJU comme directeur de Colecte, je quittai alors le Maroc et la direction du SAP de l’ORT Maroc. Sous sa direction d’une remarquable rigueur et d’un humanisme observateur, j’ai travaillé à ses côtés durant 4 ans et jusqu’au Centre Communautaire de Paris où il me nomma en qualité de co directeur. C’est à lui je crois que je dois, pique au vif, mes études de Droit qui ont suivi mon départ et ma réussite dans l’assurance. C’était un Grand Homme . Je l’admirais et je lui rend hommage. Paix à son âme.

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