Un président égyptien en Israël

Dernière mise à jour dimanche, 26 novembre 2017 04:55 Ecrit par Gérard Akoun dimanche, 26 novembre 2017 04:54


Le 19 novembre 1977, l’avion aux couleurs égyptiennes qui transportait Anouar El Sadate atterrissait en Israël. C’était il y a quarante ans, quatre ans après la guerre du Kippour qui avait fait trembler le pays et couter la vie à deux mille cinq cents soldats. Dix jours, auparavant, Anouar El Sadate avait prononcé, au Caire devant le Parlement égyptien, un discours qui avait abasourdi les députés en déclarant je cite : « Je suis prêt à aller au bout du monde pour la paix … les israéliens seraient surpris mais je suis même prêt à aller jusqu’à chez eux, jusqu’à leur Knesset pour discuter avec eux ». Menahem Begin, alors Premier Ministre avait tout de suite accepté de le recevoir.

On peut difficilement, aujourd’hui, comprendre le choc, le tsunami que provoqua cette proposition de paix après toutes ces années de guerre. Le plus important état arabe allait faire la paix avec Israël, allait le reconnaitre, c’était inouï ! Je me souviens d’avoir suivi, en direct, les discours de Sadate et Begin que la télévision française retransmettait comme bien d’autres télévisions étrangères. J’avais trouvé celui de Sadate flamboyant, celui de Begin plutôt terne, mais j’avais admiré leur courage, l’arabe mettait sa vie en danger, il le savait, on connait la suite, le juif remettait en question ses fondements idéologiques, pour que chacun puisse apporter la paix à son peuple. Un traité de paix fut signé en mars 1979. On échangea des ambassadeurs mais, ce fut une paix froide qui tient toujours malgré quelques vicissitudes. Il aura fallu attendre, encore, plusieurs années pour qu’un autre pays arabe, la Jordanie, choisisse, à son tour, de faire la paix avec Israël. Mais le cœur du problème ne se situait pas entre les pays arabes et Israël, il se situait entre les palestiniens et les israéliens.
Prés de quarante ans se sont écoulés depuis ce traité avec l’Egypte, plusieurs tentatives de paix ont eu lieu entre israéliens et palestiniens mais elles ont très vite avorté. Des pourparlers indirects, avec l’entremise d’un parrain, le plus souvent américain, ou des pourparlers directs, ont bien eu lieu, mais aucune solution n’est en vue. On a affaire, des deux côtés, à des dirigeants faibles, sans envergure, qui savent pertinemment quels sont les compromis nécessaires pour aboutir à un accord mais qui n’osent pas affronter leurs opposants. Ils ont peur de perdre leur pouvoir et les honneurs qui en découlent ou la vie, comme Sadate. Benyamin Netanyahou a déclaré ne pas avoir, encore, trouvé un Sadate palestinien, serait il lui-même un Menahem Begin ? On peut en douter ! Pourtant s’ils font un peu de prospective, à dix ou vingt ans, les dirigeants israéliens et palestiniens ne peuvent pas s’imaginer que le maintien du statu quo puisse profiter à leurs peuples.
Les palestiniens y ont tout à perdre, les territoires qui auraient du leur être dévolus rétrécissent comme peau de chagrin, rendant quasiment impossible la création d’un état palestinien viable. Des générations de jeunes palestiniens ont déjà été, en vain, sacrifiées, par des dirigeants, le plus souvent corrompus, qui les envoyaient mourir en martyr ou les laissaient croupir dans la misère. Ils préfèrent les voir ressasser leur ressentiment contre l’occupation israélienne que développer la partie de la Palestine qu’ils auraient déjà pu obtenir dans le cadre d’un compromis. Les israéliens ne sont pas dénués de toute responsabilité dans cette situation, mais les divisions et les rivalités entre palestiniens, les surenchères des différents groupes armés les ont bien servis.
Le statu quo ne profite pas non plus aux israéliens : certes la partie juive de la terre d’Israël continue à s’étendre mais, ce faisant, elle rend de plus en plus improbable la création d’un Etat palestinien, et conduit inexorablement à la pire des solutions, un état binational, un seul Etat pour deux peuples où juifs et arabes bénéficieraient des mêmes droits. On ne voit pas comment un de ces deux peuples accepterait la primauté de l’autre. Pour Israël, ce serait la fin du rêve sioniste. Il ne serait plus un état juif et démocratique. Je ne pense pas que les israéliens voudraient vivre dans un état d’apartheid même si certains d’entre eux, une minorité, encore, sont partisans d’un état théocratique, ou considèrent que le respect de la démocratie est un lourd fardeau dont il faut se débarrasser.
Mahmoud Abbas chez les palestiniens, Benyamin Netanyahou chez les israéliens n’ont, malheureusement, pas la stature d’un Sadate ou d’un Begin, il faudra donc que quelqu’un d’autre leur impose une solution de compromis et Donald Trump serait peut être le mieux placé pour le faire.

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