Un pari risqué

Dernière mise à jour dimanche, 5 février 2012 12:51 Ecrit par Gérard Akoun dimanche, 5 février 2012 12:51

Dimanche dernier, c’était au tour de Nicolas Sarkozy de s’exprimer à la télévision, mais attention, ce n’était pas en tant que candidat à la prochaine élection présidentielle, mais en tant que président en exercice. Il disposait donc du droit de choisir les journalistes qui devaient l’interviewer au palais de l’Elysée, du droit d’imposer l’heure de passage de l’émission et il avait l’assurance que, pendant plus d’une heure, il serait présent sur neuf chaines de télévision.
C’est encore une exception française, un privilège, qui surprend toujours les correspondants étrangers, en particulier occidentaux, mais dont, soyons juste, tous ces prédécesseurs ont aussi usé et abusé. Quinze à seize millions de téléspectateurs ont pu voir Nicolas Sarkozy réussir à « faire président », pour leur annoncer, leur expliquer, calmement, sobrement, les mesures qu’il allait prendre, les lois qu’il allait faire voter demain, dans une semaine, dans un mois, mais dont la mise en œuvre est d’une telle urgence, qu’il n’est pas possible d’attendre qu’elles puissent être débattues, lors du grand rendez vous quinquennal, si proche maintenant. Le président, n’est pas en campagne, il n’est pas candidat ! Mais à plusieurs reprises, en répondant aux questions des journalistes, il a critiqué le programme et souligné l’arrogance de François Hollande, son principal adversaire.
Nicolas Sarkozy ne s’adressait pas à la nation, pour l’informer de sa candidature, l’heure n’a pas encore sonné, mais pour annoncer des réformes profondes, entre autres : une hausse de la TVA et une hausse de la CSG sur les revenus financiers, pour compenser une baisse des charges patronales, une libéralisation du marché de l’emploi, pour augmenter la compétitivité des entreprises, une modification du plan d’occupation des sol qui permettrait de construire plus. Ces réformes seront impopulaires ou leur efficacité sera discutable. Elles seront votées, quand même, mais leur application ne pourra intervenir qu’à partir du mois de juillet, à l’issue des scrutins présidentiel et législatif.
Que voulait démontrer « le Président candidat sans l’être » ? Quelle image voulait-il présenter ? Celle, je suppose, d’un homme serein, d’un dirigeant résolu qui a réformé, qui continuera à réformer jusqu’au dernier jour de son mandat, l’image d’un homme courageux, capable de reconnaître quelque erreur, mais prêt à braver l’impopularité et un éventuel échec électoral pour faire ce qu’il croit être bon pour la France, tout en pariant sur le bon sens et la lucidité des français pour le réélire. Un pari, pour le moins risqué, qui embarrasse une majorité parlementaire qui commence à mettre en doute la stratégie de son chef. Les députés s’inquiètent pour leur siège. Ils appréhendent le retour dans leur circonscription où ils doivent affronter la grogne de leurs électeurs à qui ils doivent expliquer qu’il leur faudra copier le modèle allemand et que l’augmentation de la TVA ne provoquera pas d’augmentation des prix à la consommation. Le sondage BVA effectué, pour la presse régionale, RTL, Orange, après la prestation télévisée de Nicolas Sarkozy et paru hier, ne va pas les rassurer ; au premier tour Hollande 34% (+ 4pts) Sarkozy 25% (+2 pts) !!
La situation économique de la France est difficile, le commerce extérieur est en chute libre, malgré la vente des 126 Rafale, le chômage est à son plus haut niveau, des réformes sont absolument nécessaires pour augmenter la compétitivité des entreprises, développer le logement social, créer des emplois. Les français en sont conscients, mais ces réformes ne pourront être acceptées et porter leur fruit que si elles sont adoptées en concertation avec les forces sociales et que si les efforts demandés sont partagés de manière équitable.


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