Trump seul contre tous

Dernière mise à jour jeudi, 14 décembre 2017 09:51 Ecrit par Gérard Akoun jeudi, 14 décembre 2017 09:51


Donald Trump a proclamé hier soir « Jérusalem capitale d’Israël ». Une décision, a-t’il précisé, que mes prédécesseurs, n’ont pas eu le courage de prendre depuis 1995 date à laquelle le Congrès avait voté pour cette reconnaissance et le déplacement de l’ambassade de Tel Aviv à Jérusalem. Le gouvernement siège à Jérusalem, la Knesset, la Cour Suprême, les ministères, la résidence du Président de l’Etat se trouvent à Jérusalem, « il ne fallait pas continuer à fermer les yeux sur cette réalité, il fallait accepter cette évidence. Rien de plus, rien de moins que la reconnaissance de la réalité ». Le déménagement aura lieu d’ici trois ou quatre ans.

Dans la première partie de son allocution, le président des Etats Unis s’est aligné sur les positions israéliennes. Il a utilisé les mêmes arguments, il a rappelé la place de Jérusalem dans l’histoire du peuple juif et les deux guerres gagnées par Israël. Il n’a pas employé l’expression « Capitale éternelle et indivisible du peuple juif » mais il a dit que Jérusalem était le cœur des trois grandes religions mais aussi le cœur d’Israël, d’une démocratie parmi les plus réussies du monde dans laquelle les juifs mais aussi les chrétiens, les musulmans peuvent se déplacer dans leurs lieux saints et prier librement.
La seconde partie de son allocution était plus politique, rien n’a été dit sur Jérusalem Est mais il n’a pas fait référence à l’indivisibilité de Jérusalem. En laissant planer le flou sur ce point, il ne ferme pas la porte, disent les plus optimistes à la création d’un état palestinien aux côtés d’Israël avec un bout de Jérusalem comme capitale. Donald Trump a déclaré : « Les Etats Unis restent déterminés à faciliter un accord de paix acceptable par les deux parties. » Il semble persuadé à l’écouter qu’en reconnaissant Jérusalem comme la capitale d’Israël, il a fait progresser le processus de paix. Le vice président des Etats Unis, Mike Pence, doit se rendre très prochainement au Proche Orient pour relancer le processus de paix.
On pouvait s’attendre à ce que Donald Trump offre, au moins, des contreparties aux palestiniens ou au contraire qu’il exige des concessions de la part des israéliens, il n’en a rien été. Il a appelé les uns et les autres au calme et à la modération. Il a souhaité une paix juste et durable pour la région et a terminé son allocution en disant que Dieu bénisse les israéliens, les palestiniens et les Etats Unis !
Donald Trump s’est il demandé s’il avait choisi le moment opportun pour réaliser, la promesse qu’il avait faite à son électorat chrétien évangélique? En a t’il mesuré les conséquences dans la région ? On peut en douter : les principaux pays sunnites se rapprochaient d’Israël, de plus en plus ouvertement, face à leur ennemi commun l’Iran. Le problème palestinien existait toujours mais devenait secondaire pour les dirigeants de ses pays en butte au terrorisme. La décision de Trump risque d’enflammer la rue arabe, de relancer les attentats, d’obliger les dirigeants à réagir pour défendre El Aqsa, et de rompre les relations tissées avec Israël. Les iraniens dénoncent déjà les alliances contre nature des états du golfe avec Israël et se présentent comme les vrais défenseurs de la cause palestinienne. La Turquie veut rompre ses relations diplomatiques avec Israël. Un Moyen Orient fragilisé n’avait pas besoin d’une crise de ce genre.
Ce ne sont pas les avertissements des pays amis qui ont manqué : des pays arabes, la Jordanie, l’Egypte, le Maroc, des pays musulmans jusqu’à l’Indonésie s’en sont inquiétés. Avec l’Union Européenne et le Pape, ils ont demandé de sursoir à cette décision de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël. Mais Trump n’a rien voulu entendre. Israël s’en félicite, les palestiniens se désespèrent, la réprobation est générale dans le monde. Trump a mis une allumette sur un baril de poudre.

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