Quand le Mossad se joue de l’Iran

Dernière mise à jour vendredi, 4 mai 2018 09:41 Ecrit par Gérard Akoun vendredi, 4 mai 2018 09:41


Lundi dernier, le premier ministre Benyamin Netanyahou a révélé à la télévision, de manière très théâtrale, la découverte d’une cache de documents qui prouverait que l’Iran a menti depuis des années au monde entier sur son programme nucléaire et ce, même après l’accord nucléaire de juillet 2015 signé entre l’Iran et les (5 +1) les cinq membres permanent, du Conseil de Sécurité de l’ONU, (Etats Unis, Grande Bretagne, France, Russie Chine) et l’Allemagne. Ces dossiers, 55000pages, et 183 CD, il y en avait pour plus de cinq cents kilos ont été découverts en 2016 et ont pu être ramenés clandestinement en Israël en Janvier 2017.

Il faut, tout d’abord, saluer l’exploit des différents services, qui ont préparé, qui ont participé à cette opération et qui l’ont menée à bien. Cela démontre de la part des services secrets israéliens, au-delà de leur maitrise dans l’action, une implantation importante en territoire iranien et la possibilité de bénéficier du soutien d’opposants au régime des ayatollahs. Une telle opération ne se mène pas en quelques heures et je doute fort que ces dossiers aient pu être transportés en l’état et contenus dans cette armoire que Benyamin Netanyahou avait installé dans le studio de télévision pour parfaire sa démonstration. Les microfilms étaient déjà utilisés pendant la seconde guerre mondiale !
Cette prestation du premier ministre intervient au moment où Donald Trump doit décider, dans quelques jours, s’il se retire ou non, de l’accord signé sur le nucléaire, en juillet 2015. On connait l’hostilité du président américain à cet accord qu’il juge « désastreux » contrairement à ses alliés occidentaux qui le jugent, certes incomplet, mais considèrent qu’il a le mérite d’exister. Angéla Merkel, Thérèsa May, Emmanuel Macron s’efforcent d’éviter le retrait américain qui entrainerait ipso facto le retrait iranien. Emmanuel Macron, lors de son voyage officiel aux Etats Unis a proposé un plan B qui répondrait à certaines attentes de Donald Trump qui remédierait aux lacunes qui existent dans l’accord signé précédemment. Elles concernent entre autres, l’allongement de la durée pendant laquelle l’Iran ne pourra pas développer d’armement nucléaire, le programme de développement balistique de l’Iran et surtout son influence déstabilisatrice au Proche Orient : au Yémen, en Syrie, au Liban, on pourrait y ajouter le Maroc où elle fournit des armes au Front Polisario par Hezbollah interposé.
Mais cela reste, quand même, inacceptable pour Benyamin Netanyahou, Il ne veut pas de nouvel accord, « il estime que les Iraniens sont des menteurs, qu’ils ont menti à tout le monde, y compris à l’AIEA, en 2003 en 2009 et qu’ils continuent à lui mentir même après 2015. » Il est évident, pour lui que les iraniens n’abandonneront pas leurs ambitions nucléaires, ils veulent la bombe. Ils continueront à développer leurs recherches en secret pour y arriver. Mais le premier ministre n’apporte pas de preuves irréfutables : il ne suffit pas d’affirmer : « même après l’accord, l’Iran a continué à préserver et à étendre son savoir-faire nucléaire pour une utilisation future » pour convaincre les autres signataires de l’accord alors que l’AIEA certifie que l’Iran respecte ses obligations. Le chef d’état-major de Tsahal, le général Gadi Eizenkot, dans un entretien au Haaretz au mois de mars, portait ce jugement sur l’accord : « malgré tous ses défauts, il fonctionne et reporte la réalisation de la vision nucléaire iranienne de dix à quinze ans. » Le premier ministre en révélant publiquement les documents ramenés d’Iran, accentue sa pression sur Donald Trump, il craint que ce dernier ne cède aux sirènes européennes et n’oublie la promesse faite aux électeurs républicains de déchirer cet accord horrible mais Trump, contrairement à ce que peut penser son ami Bibi, ne se décidera qu’en fonction des intérêts de l’Amérique. Il est en pleine négociation avec la Corée du nord, c’est prioritaire pour lui, pour qu’elle abandonne son arsenal nucléaire ou du moins qu’elle cesse de le développer. Il peut, difficilement, dans le même temps refuser d’honorer un accord international élaboré sous les auspices de l’ONU, qui tiendrait compte des modifications qu’il souhaitait y apporter. Mais la balle est aussi dans le camp des russes et des iraniens. Nous serons fixés dans moins de dix jours.

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