Pas de plan banlieues

Dernière mise à jour dimanche, 27 mai 2018 05:57 Ecrit par Gérard Akoun dimanche, 27 mai 2018 05:57


« Pas de plan banlieues » a déclaré Emmanuel Macron, une claque pour Jean Louis Borloo et pour tous ceux, responsables politiques,animateurs sociaux et culturels, responsables d’association qui ont travaillé à l’élaboration du rapport « vivre ensemble, vivre en grand pour une réconciliation nationale ».

Un rapport,faut-il le rappeler, demandé à Jean Louis Borloo par Emmanuel Macron, il y a environ six mois.
Ce rapport soutenu par de nombreux élus de banlieues et des intellectuels, avait été remis au Premier Ministre à la fin du mois d’avril et on pouvait s’attendreà ce qu’un certain nombre de ses propositions soient reprises et annoncées avec solennité dans un discours que ferait le Président de la République au cours d’un évènement programmé à l’Elysée « la France, une chance pour chacun ». Mardien présencede six cent personnes, des élus, des membres du gouvernement, des habitants de quartiers populaires, des dirigeants d’entreprises, des hauts fonctionnaires…. Emmanuel Macron après avoir prévenu qu’il ne prononcerait pas de discours, s’est néanmoins exprimé pendant une heure et demie dans une allocution en mode stand up et en perpétuel mouvement.Il faut être moderne ! Il a déclaré de prime abord, je cite : « qu’il n’allait annoncer ni un plan ville ni un plan banlieue. « Quelque part ça n’aurait aucun sens que deux mâles blancs « – lui-même et M. Borloo- »ne vivant pas dans ces quartiers, s’échangent l’un un rapport et l’autre disanton m’a remis un plan, je l’ai découvert. C’est pasvrai,je cite encore, ça ne marche plus comme ça »c’est une stratégie aussi âgée que moi » entendez vieille de quarante ans, date du premier plan banlieue de Raymond Barre sous le septennat de Giscard. « Il faut changer de philosophie et de méthodes » a dit le président.
S’il fallait faire du neuf, pourquoi s’être adressé à Jean louis Borloo,un homme de l’ancien monde, il futministre sous Chirac et Sarkozy, pour, ensuite lui reprendre la main d’une manière qui manquerait d’élégance quelles que soient les précautions oratoires prises pour ne pas l’humilier lui et ceux qui ont travaillé avec lui : les élus locaux, les associations de terrain, les services de l’Etat ? Emmanuel Macron a-t-il pris ombrage du regain de popularité de Jean Louis Borloo, a-t-il eu l’impression que la résolution des problèmes des banlieues serait inscrite à l’actif de l’ancien ministre de la ville ? Ils sont nombreux à l’affirmer !
Le président de la république a tenuà rappeler, pour ne pas être en reste, les différentes mesures, déjà, prises durant la première année de son quinquennat en faveur des banlieues défavorisées, le dédoublement des classes de CP, l’apprentissage, la création d’une police de sécurité du quotidien…. Il ne veut pas, a-t-il répété, d’un plan Marshall pour les banlieues, il faudrait lechiffrer mais il fera de nombreuses propositions au mois de juillet en matière de sécurité et de justice et en matière d’aménagement et de logements, des mesures concrètes qui bénéficieront aux habitants sielles sont budgétisées. Il s’est attaché à donner les grandes lignes de « la politique d’émancipation et de dignités qu’il entend coconstruire » il veut « faire république, combattre le discours raciste et antisémite qui est en train d’empirer dans les banlieues et pour cela déployer des « référents laïcité » dans les écoles « mais il refuse que l’islam soit spécifiquement ciblé » pas d’amalgame il ne parle même pas d’islamisme radical ou de salafisme.Il veut construire une société de « vigilance »sans basculer dans « la délation, » luttercontre les trafics de drogue et de stupéfiants dans les cités. Et afin « debâtir ensemble un engagement de l’Etat et de chacun » Emanuel Macron lancera un site internet « la France une chance »quipermettra aux citoyens d’alerter les pouvoirs publics sur ce qui ne marche pas.
Emmanuel Macron a créé un Conseil présidentiel des villes, composé de vingt-cinq personnalités originairesen grandemajorité des banlieues,des acteurs de terrain qui auront pour mission d’alimentersa réflexion sur les quartiers prioritaires. Ces personnes, choisies par Emmanuel Macron,sont impliquéesdans la vie de leur quartier ou se sont engagées pour les quartiers alors qu’elles ont une envergure nationale. Elles ne sont ni élues ni politiques. Leur statut est en phase avec la conception verticale du pouvoir d’Emmanuel Macron,il ne supporte pas les corps intermédiairesreprésentatifs, ils le gênent en s’interposant entre le peuple et lui.Il préfère des femmes et des hommesqui lui sont redevables de la parcelle de pouvoir qu’ils détiennent. En l’occurrence il est bien servi !
Que peut-il rester du rapport Borloo qui était chiffré ? Et du thème de la réconciliation nationale, dont nous avons tant besoin ?Peu de choses mesemble-t-il alors que Jean Louis Borloo était convaincu qu’Emmanuel Macron pouvait être « le Président des banlieues » !

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