L’Europe vacille

Dernière mise à jour vendredi, 20 janvier 2017 03:00 Ecrit par Gérard Akoun vendredi, 20 janvier 2017 03:00


L’union européenne avait à peine assimilé la victoire inattendue du Brexit qu’elle subissait un nouveau choc, jugé à priori, improbable, la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine. Ces évènements se produisent au moment où l’Union européenne est en crise, où elle doute d’elle-même. Elle est en butte au terrorisme, elle doit faire face à un important flux migratoire en provenance du Moyen Orient et d’Afrique. Des dizaines, des centaines de milliers de personnes, ont bravé, continuent à braver tous les dangers, y compris la mort pour fuir les guerres mais aussi la misère. Les états qui constituent l’Union européenne ne sont pas arrivés à se mettre d’accord pour répondre, à ce défi : comment accueillir au moins une partie de ces gens. L’impossibilité d’y répondre de manière collective a servi de révélateur aux divisions qui minent cette Europe, gagnée par le populisme, le repli sur soi, et la xénophobie.

C’est au moment où cette Union européenne est soumise à des poussées centrifuges, qu’elle s’interroge sur sa raison d’être et son avenir que Donald Trump qui prendra ses fonctions le 20 janvier s’est adressé aux européens a travers une interview à deux quotidiens, l’un allemand le Bild, l’autre britannique le Times. Il n’a pas mâché ses mots. Il s’y est livré à une critique virulente de l’Union Européenne, se félicitant de la décision de la Grande Bretagne de quitter l’Union, souhaitant que d’autres pays en fassent autant, prophétisant à terme l’éclatement de l’Union et sa disparition. Pour lui, l’OTAN est devenue totalement obsolète et les américains ne devraient plus y participer. Barak Obama avait, lui, demandé une participation financière plus importante des européens à leur défense mais il n’avait jamais envisagé la disparation de l’O.T.A.N. Donald Trump prend ainsi le contre pied de la politique traditionnelle des Etats Unis, qui a consisté, depuis la fin de la seconde guerre mondiale et la guerre froide à encourager la création de l’Union, en premier lieu contre l’URSS puis à soutenir son développement vers l’Est, après la chute de rideau de fer. En fait Donald Trump tient les mêmes propos que les partis europhobes en Grande Bretagne, en Allemagne en France ou aux Pays Bas…… Il a attaqué la politique de Madame Merkel vis-à-vis des migrants, gardant ses compliments pour Theresa May, l’assurant d’un total soutien pour signer très rapidement avec le Royaume Uni, un accord bilatéral de libre échange.
Il ne s’agit plus de tweets, écrits rapidement, la pensée semble plus élaborée, de quoi inquiéter les européens, qui craignent que le rapprochement que Trump prône avec la Russie ne se fasse à leur dépens. Il existe manifestement, à l’Est, des tentatives de déstabilisation de l’Europe, de la part de la Russie qui ne veut absolument pas d’une Europe stable et forte. Que deviendraient les sanctions économiques contre la Russie après l’annexion de la Crimée, et la crise ukrainienne si l’allié américain venait à manquer ? Mais les propos de Trump peuvent avoir un effet contraire à celui escompté. Je ne pense pas que le jugement qu’il porte sur l’Otan, en particulier, puisse provoquer chez les polonais ou les hongrois, pourtant, très critiques vis-à-vis de l’Union, et à fortiori dans les pays baltes, l’envie de la quitter. Ils ont de l’URSS des souvenirs cuisants, que Poutine issu du KGB ranime aisément. Le discours brutal de Donald Trump peut et doit constituer un choc salutaire pour les européens. Il est temps que l’Europe définisse le rôle qu’elle veut jouer dans le monde, qu’elle assume son rôle dans l’Otan, qu’elle participe financièrement et matériellement à propre sa défense. Cet espace de prés de cinq cents millions de consommateurs ne peut se concevoir comme une « grosse Suisse », il doit trouver le mode de gouvernement qui lui permette de s’affirmer et de se défendre dans un monde devenu plus dangereux.
Donald Trump s’est montré, jusqu’à présent, imprévisible, il prononcera, demain, son discours d’investiture, nous saurons en l’écoutant si « l’homme d’affaires a cédé le pas à l’homme d’Etat ».

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