Les migrants et nous

Dernière mise à jour jeudi, 5 juillet 2018 03:07 Ecrit par Gérard Akoun jeudi, 5 juillet 2018 03:06


En juin 1989 alors qu’il était Premier ministre, Michel Rocard déclarait devant l’Assemblée Nationale : « Il y a dans le monde trop de drames, de pauvreté, de famine pour que l’Europe et la France puissent accueillir tous ceux que la misère pousse vers elles » et d’ajouter « il faut résister à cette poussée constante ».

Près de trente années sont passées depuis que ces phrases ont été prononcées. Loin de s’améliorer, la situation n’a fait que s’aggraver ce sont des centaines de milliers de personnes qui quittent l’Afrique, en particulier, et les zones de guerre, Syrie Irak, Afghanistan… pour demander l’asile politique ou pour essayer de trouver de meilleures conditions de vie. 2015 a été une année record. L’Allemagne a accueilli à elle seule plus d’un million de réfugiés en provenance du Moyen Orient. De nombreux pays, membres de l’Union européenne ont salué sa générosité mais peu d’entre eux l’ont imitée. Au contraire, les frontières se sont cadenassées. Les conditions d’accueil se sont durcies, y compris, pour ceux qui jusqu’à présent, répondaient aux critères exigés pour bénéficier du droit d’asile Mais cela n’arrête pas ceux qui sont prêts à risquer leur vie pour en changer. La voie terrestre leur étant fermée pour rejoindre l’Europe, ils essaient de rejoindre l’Italie après avoir traversé la Libye. Ils utilisent les services de passeurs qui les dépouillent, les brutalisent, les réduisent en quasi esclavage. Ils les jettent ensuite à l’eau sur de frêles embarcations surchargées, incapables, de parcourir la distance, elle est courte, qui sépare les côtes libyennes des côtes italiennes. Ces esquifs seront submergés par les flots et leurs passagers noyés s’ils ne sont pas secourus. La mer méditerranée est devenue le cimetière de milliers de migrants, hommes, femmes enfants.
Les européens ferment leurs frontières, ils veulent durcirent les mesures d’expulsion des migrants déboutés d’asile, ils veulent endiguer le flot de migrants d’autant que ceux-ci, économiques ou politiques se heurtent à une hostilité croissante des populations qui se manifeste dans les élections de ces dernières années. On a pu ainsi observer une montée des partis populistes et d’extrême droite en Allemagne, au Royaume Uni, en Suède, au Danemark…. En Autriche, en Italie ils sont au gouvernement, dans lequel il n’ occupent pas des strapontins. En Europe centrale le groupe de Visegrad quatre pays de l’Union Européenne est farouchement opposé aux migrants et refuse, même, de recevoir les ayants droit à l’asile politique. La péninsule ibérique, quant à elle continue à défendre les valeurs sur lesquelles s’est fondée l’Union Européenne. Mais un vent mauvais souffle sur l’Europe.
Un Conseil Européen doit se tenir aujourd’hui et demain à Bruxelles, les vingt-huit chefs d’Etat et de gouvernement devront débattre de la politique migratoire et définir une position commune. Certes le nombre d’arrivants, en provenance de Libye a brutalement chuté depuis l’été dernier. Serait-ce dû au programme de soutien des européens aux garde -côtes libyens, devenus plus opérationnels, ou comme le bruit court grâce aux sommes importantes que l’Italie a payé aux milices, pour que les passeurs se mettent en vacances. Tous démentent mais on peut comprendre que l’Italie, laissée seule pour gérer, conformément au règlement Dublin 3, les migrants qui débarquaient sur son sol ou qui y étaient déposés par les navires de secours ait trouvé une combinazione pour limiter leur arrivée. Selon ce règlement, le pays dans lequel la demande d’asile a été formulée est celui qui est chargé de son instruction et de la décision finale. Géographiquement ce pays ne pouvait être que l’Italie, à moins qu’elle n’interdise l’entrée de ses ports, ce qu’elle a fait en contrevenant au droit de la mer. Vous comprendrez aisément pourquoi la leçon de morale du Président Macron qui renvoyait en Italie les migrants qui avaient pénétré en France a été aussi mal reçue.
Les vingt huit réunis à Bruxelles vont-ils se mettre d’accord pour créer des centres fermés pour les migrants déboutés du droit d’asile en attendant de les expulser le plus rapidement possible ? Où installer ces centres ? en Europe ou dans des pays africains qui bordent la Méditerranée ? Les vingt-huit ont-ils revenir à la politique des quotas pour ceux qui sont autorisés à rester et qu’il faudra intégrer aussi le plus rapidement ? Un consensus sera difficile à trouver et à appliquer.
J’ai commencé cette chronique en vous rappelant les propos tenus par Michel Rocard il y a presque trente ans. Il fallait déjà se protéger d’une immigration incontrôlée, qui provenait, à l’époque en grande partie, d’Afrique du Nord, trouver les moyens de la juguler. Depuis ces années-là, aucune solution n’a été trouvée, les africains étaient 640 millions en 1990, ils étaient en 2016 1,2 milliard. Peut on s’imaginer qu’il suffira de camps de rétention, de grillages ou de murs si hauts soient-ils pour les empêcher de venir en Europe si leur niveau de vie ne s’améliore pas. Peu de gens immigrent s’ils n’y sont pas obligés pour des raisons politiques ou économiques : chacun souhaite continuer à vivre dans son pays. Il faut que nous comprenions que nous devons aider l’Afrique à se développer pour modifier cette situation. Mais notre aide ne devra pas servir à grossir les comptes en banque de potentats locaux, comme cela a été le cas pendant longtemps, elle devra, réellement, servir au développement de l’Afrique.

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