Les Kurdes seront-ils une nouvelle fois sacrifiés ?

Dernière mise à jour mercredi, 31 janvier 2018 09:59 Ecrit par Gérard Akoun mercredi, 31 janvier 2018 09:59


Depuis samedi, la Turquie attaque l’enclave kurde d’Afrin dans le nord ouest de la Syrie. Son aviation, ses blindés bombardent les positions kurdes. Ses soldats appuyés par des milliers de rebelles syriens, entrainés en Turquie, ont traversé la frontière pour chasser d’Afrin, les forces kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) que la Turquie qualifie de terroristes parce qu’elles seraient affiliées au Parti des travailleurs du Kurdistan le (PKK) en rébellion contre l’Etat turc.

Or les YPG sont des alliés de la coalition internationale dirigée par les Etats Unis, contre les groupes djihadistes en Syrie. Elles ont été en pointe dans les combats contre l’état Islamique, dans le nord-est syrien et à Raqqa où leur action a été prépondérante pour chasser les islamistes de Daesh. Les Etats Unis ont annoncé, il ya une dizaine de jours, qu’ils allaient créer d’ici deux ans « une force frontalière » de 30000 hommes dans le nord de la Syrie pour sécuriser les territoires repris à l’Etat islamique. Elle serait soutenue par l’aviation de la coalition internationale dirigée par les américains. Les YPG en constitueraient la force principale, parce qu’elles sont les plus aguerries. Précisons pour la bonne compréhension de la situation que les trois cantons kurdes du Rojava, Kobané, Jaziré et Afrin se trouvent à la frontière entre la Turquie et la Syrie et que les turcs refusent qu’ils puissent s’unifier de manière permanente, à fortiori sous l’autorité des YPG. Le président turc a immédiatement réagi à l’initiative américaine en déclarant, je cite « L’Amérique a avoué qu’elle était en train de constituer une armée terroriste à nos frontières » Quelques jours plus tard, les turcs lançaient leur offensive. Leur objectif étant d’installer une zone de sécurité d’une profondeur de 30 km à partir de leur frontière, donc à l’intérieur du territoire syrien.

La Turquie est membre de l’Otan donc alliée aux Etats Unis, mais en Syrie elle est alliée à la Russie et à l’Iran, qui ont sauvé Bachar El Assad de la défaite et lui ont permis de reconquérir son pouvoir. Elle reste néanmoins, opposée au régime syrien et appuie des forces rebelles majoritairement composées de djihadistes. Pour la Turquie la menace terroriste n’est pas l’état islamique mais le PKK dont les YPG sont une émanation Elle aurait du combattre les forces de l’Etat islamique, mais elle a surtout combattu les kurdes de Syrie pour les empêcher de créer et de renforcer des régions devenues autonomes de facto. Les revendications nationales du peuple kurde installé dans quatre pays, la Turquie, l’Irak, la Syrie, l’Iran gênent la communauté internationale. Les réactions à l’offensive turque restent modérées. La Turquie avait averti les Etats Unis et la Russie du lancement de son offensive sur Afrin. Des forces américaines ne séjournaient pas à Afrin, par contre y demeuraient des forces russes en accord avec les YPG qui avaient tenté un rapprochement avec les russes pour ne pas dépendre uniquement des américains.

Les russes ont quitté Afrin la veille de l’attaque turque à la suite d’un accord passé avec Ankara sans lequel l’aviation turque n’aurait pu bombarder Afrin, les russes contrôlant l’espace aérien. Erdogan a déclaré « nous avons abordé la question de l’intervention avec nos amis russes, nous avons un accord avec eux » Il se confirmerait qu’il s’agit d’un échange de bons procédés, les russes abandonnent les kurdes à leur sort, les turcs ne s’opposent plus à l’offensive du régime syrien et des russes contre la province rebelle d’Idlib alors qu’ils protestaient fortement, il y a encore une dizaine de jours, contre la violation des frontières de cette zone de désescalade, définie dans un accord tripartite Russie, Iran, Turquie conclu à Astana au Kazakhstan.

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni en urgence et à huis clos, lundi mais n’a pas émis de condamnation. « L’appel à la retenue a été, je crois, largement partagé durant la discussion » a déclaré l’ambassadeur de France au Conseil de sécurité. L’Union européenne s’est dite « extrêmement inquiète » la ministre française des Armées Florence Parly a réagi plus vigoureusement, elle a appelé la Turquie à cesser ses opérations contre les YPG qui sont alliés des occidentaux dans la lutte contre les djihadistes du groupe Etat islamique » Mardi le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson a appelé Ankara « à faire preuve de retenue dans ses opérations militaires comme dans sa rhétorique » alors que la veille il reconnaissait « le droit légitime de la Turquie à se protéger ». Les occidentaux mesureraient ils, enfin, à sa juste valeur le soutien apporté par les Kurdes dans la lutte contre l’Etat islamique ? Cette guerre n’est pas terminée, ce serait catastrophique pour les occidentaux s’ils devaient, une fois de plus, décevoir les Kurdes.

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