Le Rassemblement national

Dernière mise à jour vendredi, 23 mars 2018 03:56 Ecrit par Gérard Akoun vendredi, 23 mars 2018 03:56


Le nouveau Front National est arrivé, il s’appellera dorénavant le Rassemblement national. Madame Le Pen a beaucoup réfléchi avant de procéder à ce changement qui devrait, selon elle, parachever l’opération de dédiabolisation à laquelle elle se livrait depuis de nombreuses années. « Front, ce nom, dit-elle, est porteur d’une histoire épique et glorieuse mais il est pour beaucoup de Français un frein psychologique ».

Madame Le Pen a pris conscience qu’il lui fallait des alliés pour accéder au pouvoir. Obtenir plus de dix millions de suffrages, sur son nom au second tour de l’élection présidentielle, reste encore insuffisant. Il lui faut donc rassembler, Front fait trop guerrier et Madame Le Pen veut tisser des alliances, avec la droite traditionnelle ou du moins la partie de cette droite qui partage ses idées sur la sécurité, sur l’identité nationale, sur l’immigration, sur l’Europe. En employant le mot Rassemblement, elle atténue l’image de violence que traine avec lui le Front national. Elle exclut son père de la présidence d’honneur qui disparait des nouveaux statuts, elle élargit un peu la représentativité des adhérents au sein des organes directeurs tout en prenant soin de s’entourer de fidèles.
Mais il ne faudrait pas que sa recherche de respectabilité lui fasse perdre son noyau dur d’où l’adjonction de « national » à rassemblement, une manière de faire le lien avec le passé, de montrer sa fidélité aux fondamentaux de l’extrême droite. Dans diverses élections cette étiquette avait, déjà, été choisie, pour tenter de rassembler la droite au-delà de l’extrême droite, entre autres par Jean Marie Le Pen aux législatives de 1986. On peut en faire remonter la paternité à Jean Louis Tixier Vignancour, maréchaliste antiallemand, cela a existé à l’extrême droite qui avait fondé le Rassemblement National Français en 1954. Il fut l’avocat de Louis Ferdinand Céline en 1948 et se présenta contre De Gaulle à l’élection présidentielle de 1965 avec comme directeur de campagne Jean Marie Le Pen. Ce clin d’œil au passé de madame Le Pen fut il le fruit de son inconscient ? je ne saurais répondre.
Par contre la présence de Steve Bannon l’ancien conseiller de Donald Trump ne peut relever de l’inconscient, il était invité au congrès du Front National samedi dernier. Il a eu la parole pendant plus d’une heure Marine Le Pen a dû être ravie, les congressistes aussi, de l’entendre dire ; « vous faites partie d’un mouvement mondial qui est plus grand que la France, qui est plus grand que l’Italie, plus grand que la Hongrie, plus grand que la Pologne, plus grand que tout ça. L’Histoire est de notre côté et nous propulsera de victoire en victoire. (…) c’est pour ça qu’ils ont tellement peur de vous.Laissez vous traiter [par les média]de racistes, xénophobes, islamophobes, homophobes…portez le comme un badge d’honneur parce que chaque jour nous devenons plus forts».
Les références historiques au passé et l’invitation de Steve Bannon sont en contradiction avec la dédiabolisation à laquelle madame Le Pen s’était attelée. Mais, elle ne pouvait faire autrement, un loup est sorti du bois qui modifie la donne.Laurent Wauquiez, le nouveau patron des Républicains (LR), du moins de ce qu’il en reste, c’est-à-dire la tendance la plus à droite est en concurrence directe avec Marine Le Pen. Ils guignent tous deux la même clientèle et la porosité entre les électeurs de la droite dure et ceux du Front national n’est plus à démontrer. Laurent Wauquiez a déclaré à plusieurs reprises qu’il ne négocierait pas avec Marine Le Pen,qu’il n’y aurait pas d’alliance, entre elle et lui. Il faut le croire car il n’y a pas intérêt, son objectif est de devenir le leader d’une droite unifiée avec un Front national, un Rassemblement national dévitalisé.Laurent Wauquiez fait, de plus en plus d’emprunts aux thématiques de l’extrême droite sur l’immigration, l’identité, l’insécurité, l’islamisme, pour concurrencer Madame Le Pen sur son propre terrain. Elle ne se laissera pas siphonner son électorat une seconde fois sans en découdre. L’heure n’est pas propice au rassemblement, à l’union des droites en France et c’est tant mieux pour la démocratie.

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