Le fardeau d’Israël

Dernière mise à jour vendredi, 9 juin 2017 06:03 Ecrit par Gérard Akoun vendredi, 9 juin 2017 06:03


Cinquante ans ont passé depuis le 6 juin 1967, premier jour de cette guerre que l’on a appelée« la guerre des six jours » et qui vit la victoire écrasante d’Israël sur ses ennemis arabes. Ce fut un grand soulagement au sein de la communauté juive mais aussi pour tous les amis d’Israël, nombreux en France à cette époque, qui avaient craint le pire.

Comment pouvait-on, raisonnablement, penser que ce petit pays pouvait vaincre cette coalition arabe dont de nombreux journaux décrivaient, avec force détails, l’importance de l’armement que l’Union Soviétique leur avait fourni. La France était, en ce temps là, le principal fournisseur d’armes des israéliens et voila que le Général de Gaulle, refusait de soutenir Israël, s’il tirait le premier. Il lui fallait attendre d’être agressé pour riposter ! Notre anxiété était à son comble. Je me souviens que, dans les jours qui ont précédé l’ouverture des hostilités, nous demeurions accrochés à nos transistors pour écouter les radios, nous scrutions les journaux pour savoir qui soutenait Israël, qui lui était défavorable ? On pouvait constater une cassure dans le monde intellectuel, dans le monde politique, entre la génération née avant la seconde guerre mondiale qui avait eu connaissance du martyr des juifs et vu revenir les rares rescapés des camps et celle d’après guerre dont la conscience politique s’était forgée avec la décolonisation, avec la guerre d’Algérie. La première était en gros pro israélienne, la seconde pro arabe. Dans les années qui suivront le fossé ne cessera de se creuser en faveur des arabes.
La victoire des forces israéliennes nous a soulagés, nous nous en sommes réjouis parce que nous avons, réellement, cru qu’Israël était en danger de mort. Je sais bien, que, depuis, de doctes spécialistes se sont penchés sur la question pour expliquer qu’Israël n’avait jamais été en danger ; après coup il est toujours plus facile d’écrire l’Histoire en disposant d’informations supplémentaires. Par la suite, nous avons été quelques uns à nous demander ce qu’il allait advenir de cette victoire, après que la ligue arabe ait opposé dans une résolution, signée à Khartoum, trois non « pas de paix avec Israël, pas de reconnaissance d’Israël, pas de négociations avec Israël »
Depuis 1967 de l’eau a coulé sous les ponts du Jourdain, Israël a fait de Jérusalem sa capitale éternelle et indivisible, il a annexé le plateau du Golan, signé un traité de paix avec la Jordanie et avec l’Egypte, à qui il a rendu le Sinaï. Le conflit israélo-arabe est devenu un conflit israélo-palestinien. Il se focalise sur le devenir de la Cisjordanie, la Samarie et la Judée pour les israéliens que les israéliens occupent et sur laquelle les palestiniens veulent construire leur état de Palestine qui comprendrait aussi, Gaza déjà évacuée par Israël mais entre les mains du Hamas. Mais « la solution à deux états », expression consacrée par les accords d’Oslo de 1993, devient de moins en moins applicable dans la mesure où les constructions ne cessent d’augmenter. Prés de 400.000 israéliens, des colons selon la terminologie internationale résident en Judée Samarie. Benyamin Netanyahou avait en 2009 prononcé ce discours resté fameux à l’Université de Bar Ilan dans lequel il avait parlé pour la première fois de deux états coexistant pacifiquement, l’Etat palestinien étant démilitarisé. En 2013 il réclamait de la part des palestiniens la reconnaissance d’Israël comme état du peuple juif. Une demande difficilement acceptable pour les palestiniens, pour les arabes israéliens mais aussi pour d’autres minorités comme les druses qui se sont sentis rejetés. Benyamin Netanyahou ne peut progresser dans la voie d’un règlement, il est le prisonnier de sa coalition, de son opinion publique dont le glissement à droite et même à l’extrême droite est de plus en plus marqué.
50 ans après la guerre des six jours, alors que la population juive ne cesse d’augmenter en Samarie et en Judée, la création d’un Etat palestinien, prévue par les instances internationales est elle encore possible dans une Cisjordanie fragmentée ? La question se pose à moyen terme pour ne pas dire à court terme dans la mesure où les palestiniens sont divisés entre Fatah et Hamas, incapables de s’unir pour présenter face à Israël un front commun pacifique. Certes, les responsables politiques israéliens en profitent mais sont ils conscients que la poursuite de cette politique de peuplement de la Samarie et de la Judée conduit inexorablement vers un état binational qui ne pourrait être à la fois juif et démocratique ? Annexer la zone C de la Cisjordanie, 60% du territoire parce que peuplé de 300.000 palestiniens, seulement, à qui ne serait accordé qu’un statut de résident comme le propose Naftali Bennett, le leader de l’extrême droite, n’est pas une solution. Elle ne ferait qu’accélérer le processus de désagrégation de la démocratie.
Israël doit se débarrasser de ce fardeau mortifère que constituent ces territoires avant qu’il ne soit trop tard.

Laisser une Réponse