La réconciliation Hamas Fatah un pas vers la paix ?

Dernière mise à jour jeudi, 16 juin 2011 08:40 Ecrit par Gérard Akoun jeudi, 16 juin 2011 08:40

Le Monde, en date du 15 juin a publié une tribune signée par un certain nombre de dirigeants internationaux et négociateurs de paix qui ont eu à traiter du conflit israélo palestinien, parmi lesquels Shlomo Ben Ami et Hubert Védrine. Cette tribune est intitulée « Oui, l’unité palestinienne va bien dans le sens de la paix ». Les signataires demandent à la communauté internationale de soutenir l’accord entre le Fatah et le Hamas, conclu sous l’égide de l’Egypte, qui doit aboutir à la formation d’un gouvernement d’union nationale de transition, chargé de préparer les élections parlementaires et présidentielles de mai 2012.
Oui l’unité palestinienne est nécessaire pour avancer vers la paix. C’est évident. Que signifierait des négociations de paix qui ne concerneraient que la Cisjordanie et laisseraient Gaza, de côté, sous le contrôle du Hamas. Sur quoi pourraient-elles déboucher ? Sur un état croupion de Palestine, à l’image d’un bantoustan, et un Hamasland. La sécurité d’Israël en serait elle renforcée ? Choisir comme le demande Benyamin Netanyahou, à Mahmoud Abbas « la paix avec le Hamas ou la paix avec Israël » est une exigence totalement irréaliste. Tout en restant concurrents, le Fatah et le Hamas, nous l’avons déjà écrit précédemment, sont obligés de se réconcilier pour des raisons différentes mais liées aux révoltes qui ont lieu dans le monde arabe.
Cela signifie t’il pour autant, compte tenu des positions défendues par le Hamas, que cette réconciliation nécessaire, ira bien dans le sens de la paix ? Les signataires de cette tribune semblent considérer qu’un grand pas a été franchi, et que la balle est maintenant dans le camp des américains, de l’Union Européenne et d’Israël. Le Quartet, écrivent ils, doit soutenir le futur gouvernement provisoire, il devrait assouplir ses exigences vis-à-vis du Hamas, je cite « les principes du quartet, dont la reconnaissance d’Israël, devaient être considérés comme des objectifs plutôt que comme des pré requis à un engagement avec les dirigeants et factions palestiniennes. L’adhésion à un cessez le feu et à la non violence est un seuil réaliste sur la base duquel entamer des négociations ».
Il me semble que ce serait faire la part belle au Hamas, ce serait faire table rase des quelques acquis des précédentes négociations, puisqu’il suffira d’accepter un cessez le feu et d’adhérer à la non violence pour être admis à la table des négociations. Ce serait affaiblir, au sein de cette unité retrouvée, le Fatah, l’Autorité Palestinienne, au profit des islamistes, dont la « résistance » trouverait ainsi sa justification aux yeux de la population palestinienne et sa récompense dans les urnes. Peu importe, laissent entendre les signataires, Il faut soutenir l’unité retrouvée des palestiniens et le futur gouvernement d’union nationale de transition qui sera chargé d’organiser les futures élections qui permettront en 2012, l’émergence d’un gouvernement palestinien représentatif qui seul pourra négocier valablement avec Israël.
La réconciliation des palestiniens est nécessaire, mais il n’est absolument pas souhaitable qu’elle aboutisse à une victoire des islamistes sur les nationalistes, ni pour les palestiniens ni pour Israël. Il faudra suivre attentivement la formation du gouvernement de transition, pour avoir une idée du rapport des forces, la non reconduction de Salam Fayad au poste de premier ministre serait de mauvaise augure.
Une emprise plus importante des islamistes sur le mouvement national palestinien risque de transformer l’affrontement entre deux nationalismes, en un conflit entre deux religions, entre juifs et arabo musulmans. Les déclarations de Benyamin Netanyahou à Etgar Keret, pour le Haaretz, selon lesquelles « le conflit est insoluble parce qu’il n’est pas territorial et que tant que Mahmoud Abbas ne reconnaitra pas l’état d’Israël comme un état juif, il n’y aura pas de solution pour parvenir à un accord » sont loin d’être rassurantes.
Ce ne serait plus la guerre de cent ans mais la guerre de mille ans.


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