« Koula sheli » – La légitimité d’Israël ne se partage pas

Dernière mise à jour mardi, 21 septembre 2010 11:25 Ecrit par Pierre Itshak Lurçat mardi, 21 septembre 2010 11:25

« L’État hébreu est confronté à une campagne de délégitimation tout autour de la planète. La dernière chose dont nous avons besoin, c’est d’une tentative de boycott au sein même d’Israël », a déclaré le Premier ministre Nétanyahou en ouverture du Conseil des ministres il y a quinze jours, faisant allusion à l’appel au boycott du centre culturel d’Ariel, signé par des artistes et gens de théâtre parmi les plus célèbres du pays.

M. Nétanyahou a bien évidemment raison. L’appel au boycott lancé par les artistes, et soutenu par des écrivains comme Amos Oz ou David Grossman contribue à la délégitimation d’Israël sur la scène internationale et il constitue un véritable « coup de poignard dans le dos », de la part d’une frange non négligeable des élites intellectuelles et culturelles de l’État juif, en proie à une offensive internationale visant à le priver de toute légitimité.
Il n’est pas anodin que cet appel au boycott ait été rendu public deux jours avant le terrible attentat qui a coûté la vie à quatre civils israéliens, sur une route proche de Hébron : il y a, à cet égard, une véritable convergence de tirs entre les terroristes du Hamas et les intellectuels de gauche. Ces derniers disent, en substance, à leurs frères juifs de Judée-Samarie, « vous n’avez pas le droit de vivre au-delà de cette ligne [la fameuse « ligne verte »] tandis que les premiers disent, encore plus radicalement, « vous n’avez pas le droit de vivre ».

Attentat palestinien : une convergence de tirs entre le Hamas et les intellectuels de gauche

Ceci nous amène à la question cruciale, que l’on peut énoncer ainsi : est-il possible de défendre la légitimité d’Israël sur une partie seulement de son territoire ? Peut-on, comme Amos Oz, A.B. Yehoshua ou D. Grossman, et les autres signataires de l’appel au boycott contre les Juifs d’Ariel, affirmer que la présence juive est légitime à Tel-Aviv et à l’ouest de Jérusalem, mais qu’elle ne l’est pas à Ariel, à Hébron ou dans les quartiers orientaux de la capitale juive ?

Les événements des vingt – voire des quarante – dernières années montrent que la réponse à cette question est négative. Toutes les tentatives pour obtenir une reconnaissance arabe et internationale de nos droits sur une partie d’Eretz-Israël, sur une étroite bande de terre longeant la Méditerranée, au prix du renoncement au cœur historique de notre patrie, c’est-à-dire à la Judée et à la Samarie (sans parler de Gaza), se sont soldées par une série d’échecs cuisants et sanglants.

Les compromis renforcent nos ennemis

Car en vérité, plus nous nous disons prêts à des concessions et à des « compromis douloureux », plus nos ennemis redoublent dans leurs efforts pour contester notre légitimité sur chaque parcelle de la terre d’Israël, comme l’a montré l’expérience tragique des années 2000, quand les concessions d’Oslo et de Camp David ont conduit directement à la Deuxième Intifada et – plus encore – l’amère aventure du « retrait unilatéral de Gaza », dont le « génial » architecte, Ariel Sharon, avait promis qu’il apporterait la paix et la sécurité et redorerait le blason d’Israël sur la scène internationale.

Ce dernier épisode est sans doute le plus instructif quant à la psychologie de nos ennemis, arabes notamment. Le retrait de Gaza, soutenu par d’éminents commentateurs et « géopoliticiens » (dont je tairai le nom par charité) n’a non seulement pas amélioré la situation stratégique et politique d’Israël, mais il a, bien au contraire, entraîné une dégradation irréversible de l’image d’Israël aux yeux de ses ennemis et du monde entier. Lorsque les Arabes palestiniens, à Gaza et à Ramallah, ont assisté, le sourire aux lèvres, au spectacle affligeant de soldats juifs chassant leurs frères de leurs maisons et détruisant les localités florissantes du Goush Katif, ils ont compris que la meilleure manière de détruire Israël était encore de confier le travail aux Israéliens eux-mêmes…

Le refus obstiné de Mahmoud Abbas de reconnaître le caractère juif de l’État d’Israël n’est pas seulement la marque de son intransigeance et de sa tactique démoniaque pour exiger des concessions avant même d’entamer les négociations. Il est aussi l’expression d’une conception enracinée dans la culture politique arabo-musulmane, qu’aucun « processus de paix » occidental n’a pu modifier jusqu’à ce jour. En vertu de cet atavisme séculaire, le monde arabo-musulman refuse de reconnaître toute souveraineté juive en terre d’Islam, parce que les Juifs ne sont pas acceptés comme un peuple mais considérés comme une simple religion.

Or l’attitude défaitiste de ceux qui, en Israël même, prônent le renoncement à la Judée-Samarie et à la moitié de Jérusalem, ne fait que conforter nos ennemis dans leurs positions irrédentistes. Car si les Juifs eux-mêmes refusent d’assumer leurs droits souverains à Hébron ou à Ariel, cela veut dire – pensent unanimement Abbas et ses adversaires du Hamas – qu’ils n’ont aucun droit ni à Jérusalem, ni même à Tel-Aviv…. Plus Israël se dit prêt à des « concessions douloureuses », plus il apparaît aux yeux de ses ennemis comme un État fantoche et un usurpateur venu occuper illégalement la terre de Palestine, partie inséparable du « Dal al-Islam ».

Dans ces conditions, le seul espoir ténu pour parvenir un jour à une paix hypothétique – dans 20, 50 ou 100 ans – est de clamer haut et fort à la face de nos ennemis arabes et du monde entier : « cette terre est à nous, et nous n’y renoncerons jamais ».


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