Incident Technique

Dernière mise à jour jeudi, 17 novembre 2011 06:43 Ecrit par Gérard Akoun jeudi, 17 novembre 2011 06:43

Des boitiers qui devaient permettre aux journalistes d’entendre la traduction des propos que tiendraient, Barak Obama et Nicolas Sarkozy, au cours de leur conférence de presse commune, ont été activés avant même qu’elle n’ait commencé. Cet incident technique a provoqué un émoi diplomatique, au moins au sein de la communauté juive.
Au cours de cette conversation, les deux chefs d’états qui ne se savaient pas écoutés, ont parlé, probablement, du conflit israélo palestinien. Le président Obama a reproché au Président français de ne pas l’avoir averti du vote positif de la France en faveur de l’adhésion de la Palestine à l’UNESCO, puis la discussion a porté, on peut le supposer, on n’en a pas tous les détails, sur Benyamin Netanyahou et son action politique. Nicolas Sarkozy comme Barak Obama ont émis des jugements très sévères, insultants même, sur la personne du Premier Ministre israélien que, bien entendu, diplomatie oblige, ils n’auraient jamais tenu publiquement. Le français a déclaré «  je ne peux plus le voir, c’est un menteur » et l’autre de rétorquer «  tu en as marre de lui, mais moi je dois traiter avec lui tous les jours ». C’est du wikileaks en direct.
Les israéliens n’ont pas tellement apprécié, c’est normal, il s’agit de leur Premier Ministre, même, quand ils sont en désaccord avec sa politique. Au sein de la communauté juive de France, certains se sont sentis humiliés en tant que juifs, parce que le premier ministre de l’Etat du peuple juif a été traité de «  menteur » d’autres ont pensé que tout le peuple juif devait se sentir insulté. On vient de créer «  le crime de lèse Premier Ministre d’Israël » Ces réactions ont été excessives, surtout lorsque l’on connait le franc parler de notre président, à fortiori quand il pense que ce qu’il dit ne pourra être divulgué. Nous sommes des juifs français, juifs et français, mais nous ne sommes pas israéliens. Nous ne votons pas en Israël. Juif, j’ai été bien plus humilié, quand j’ai appris que celui qui avait été élu Président de l’Etat d’Israël, en lieu et place de Shimon Peres en 2000, a été reconnu coupable de deux viols, pour des faits remontant aux années 90 alors qu’il était ministre, et d’harcèlement sexuel durant sa présidence, sur deux autres femmes qui travaillaient avec lui. Le Président de l’Etat, en Israël, occupe une fonction essentiellement protocolaire et morale, il doit représenter aux yeux de l’opinion mondiale, dans la mesure où il n’a pas de rôle politique, la meilleure image d’Israël. Ceux qui mènent le combat politique, qui dirigent un pays au quotidien ont l’habitude de donner et de recevoir des coups et ni le Premier Ministre ni le Président de la République ne sont nés de la dernière pluie. Il faut donc, savoir raison garder.
Nicolas Sarkozy vient d’adresser successivement deux courriers à Benyamin Netanyahou, l’un pour lui exprimer, à titre personnel, ses condoléances à la suite du décès de son beau père, l’autre pour l’assurer que la France, œuvrerait en faveur de sanctions accrues contre l’Iran, à la suite du rapport de l’AIEA sur le programme nucléaire iranien. Selon des chaines de télévision israélienne, Nicolas Sarkozy aurait écrit : « permettez-moi de vous rappeler que notre amitié reste entière. Nos vues divergentes sur les problèmes du Proche Orient et les commentaires publiés à ce sujet n’ont aucun impact sur notre amitié ». Quant à la Maison Blanche, interrogée sur les propos de Barak Obama, elle s’est voulue rassurante pour Israël en expliquant que «  Mr Obama travaille dans une grande proximité avec le Premier Ministre Netanyahou » ce qui ne veut pas dire que cela ne lui pèse pas.
L’incident est clos, mais il aura eu le mérite de clarifier la situation, amitié et politique sont difficilement conciliables. Je ne doute pas de l’amitié que Nicolas Sarkozy peut éprouver à l’égard de Benyamin Netannyahou mais il est évident que les politiques des deux pays divergent. La France, puissance méditerranéenne, veut jouer un rôle moteur au Proche Orient dans le cadre des mutations en cours dans le monde arabe. Elle considère que le conflit israélo-palestinien est un obstacle qu’il faut lever et qu’à partir du moment où Benyamin Netanyahou, dans le discours qu’il a prononcé à Bar Ilan, a accepté l’existence d’un état palestinien, il faut avancer. Il est inconcevable, pour Nicolas Sarkozy, que les palestiniens puissent regarder le monde arabe évoluer autour d’eux en restant passifs. Il faut, par conséquent, parvenir rapidement à un accord de compromis qui garantisse la sécurité d’Israël et la création d’un Etat palestinien viable. Il estime que les israéliens n’auront pas de meilleur interlocuteur que Mahmoud Abbas qu’il a qualifié de véritable homme d’état. Il ne semble pas que les israéliens aient la même appréciation de la situation ou qu’ils souhaitent que la France puisse s’immiscer dans la négociation israélo palestinienne. Mais, Benyamin Netanyahou, au cours de conversations amicales, aurait il fait certaines promesses qu’il n’aurait pu tenir ? Cela pourrait, aussi, expliquer le changement brutal d’attitude de la France à propos de l’adhésion de la Palestine à l’Unesco.


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