Hollande rentre dans l’arène

Dernière mise à jour Jeudi, 26 janvier 2012 01:24 Ecrit par Gérard Akoun Jeudi, 26 janvier 2012 01:24

Après la prestation remarquable, sur le fond comme sur la forme, de François Hollande, dimanche dernier au Bourget, je ne pense pas qu’on puisse croire encore, à droite, que le candidat du parti socialiste n’a pas la carrure d’un présidentiable. Les dirigeants de l’UMP, les ministres, chargés de sonner la charge contre le candidat, après son discours, ont fait piètre figure : ils étaient décontenancés.
Certes les quinze ou vingt mille personnes qui ont applaudi, à tout rompre, François Hollande lui étaient acquises, mais on aura noté que tous les éléphants se sont rangés derrière lui. Contrairement à ce qui s’était passé avec Ségolène Royal, il n’y aura pas de dissonances entre le candidat et son parti. Les socialistes abordent cette échéance dans les meilleures conditions, d’autant que le président sortant qui n’est pas encore candidat, souffre d’un déficit d’image. Sondage après sondage, il est donné perdant au premier comme au deuxième tour : 27% Hollande, 23% Sarkozy et respectivement 55% et 45% au second tour. Mais les sondages ne font pas l’élection et le match électoral sera difficile, sans concession et le résultat serré.
Le candidat non déclaré, comme certains le nomment, a affirmé qu’il continuerait à décider, à réformer, en un mot à gouverner jusqu’au bout ; il n’abandonnera pas son navire en détresse, l’état en l’occurrence, comme certain capitaine, pour entrer en campagne. Mais n’y est il pas déjà ? Croit’ il pouvoir maintenir un suspense, qui n’en est pas? Lui-même n’a-t-il pas fait allusion à une défaite qui n’est possible que s’il est candidat ? Nicolas Sarkozy a, même, évoqué ce que pourrait être sa vie en dehors de la politique, en déclarant « pour la première fois de ma vie, je suis confronté à la fin de ma carrière, dans quelques mois ou dans cinq ans ». Ce fut dit en petit comité, mais destiné à être répété et commenté. Coup de bluff, coup de blues, les commentateurs s’interrogent ; un peu de blues, il était en Guyane sans Carla, sans Giulia, beaucoup de bluff, dirais je : le défaitisme ne correspond pas à son caractère, il se battra jusqu’au bout, parce qu’il est sur d’être le meilleur.
Il prépare déjà sa riposte, il s’adressera aux français, lors d’une émission télévisée sur les grandes chaines nationales qui sera reprise par les chaines d’information en continu, dimanche prochain, trois jours après que François Hollande aura rendu public son programme, un programme détaillé et chiffré. Nicolas Sarkozy devrait faire un certain nombre d’annonces sur la TVA, sur les trente cinq heures, sur la flexibilité du travail, sur la compétitivité, des mesures d’application immédiates. Le temps presse et le président voudrait faire en trois mois ce qu’il n’a pas fait en cinq ans !
Mais sa cible principale sera le programme de François Hollande, il considère que le candidat socialiste s’est livré « à une attaque absolument sans précédent contre les classes moyennes avec la progressivité de la CSG, la suppression du quotient familial, l’indexation sur le revenu de la consommation d’eau, de gaz et d’électricité, l’instauration d’une nouvelle tranche d’impôt supplémentaire sur le revenu ». Nicolas Sarkozy ne peut accepter ce fait majeur, la recherche du profit maximum par les milieux financiers, qu’il n’a cessé de soutenir durant son quinquennat, a plongé la France et le monde dans une crise dramatique dont il faut aujourd’hui réparer les effets dévastateurs. Oui le mur de l’argent, la finance sont des réalités. Il n’est pas étonnant que des entreprises délocalisent quand on exige d’elles une rentabilité à deux chiffres, qu’un pays perde son industrie parce que dans ce secteur, une telle rentabilité ne peut être atteinte. Le chef de l’état fait mine de ne pas comprendre qu’un candidat socialiste ne proposera pas des solutions identiques aux siennes, à la crise, au remboursement nécessaire de la dette et qu’il ne fera pas peser, sur les couches sociales les plus pauvres et sur les couches moyennes, seulement, le poids des efforts à fournir.
Il est intéressant de constater que Barak Obama, dans son discours, mardi dernier, sur l’état de l’Union, ait proposé une augmentation de la fiscalité sur les plus riches, il veut instituer un taux d’imposition minimal de 30¨% sur les revenus des milliardaires, il veut aussi soutenir l’emploi en encourageant la ré industrialisation du pays en utilisant des mesures incitatives ou coercitives. Son message de campagne « nous pouvons restaurer une économie où tout le monde a une chance, où tout le monde fait sa part, et tout le monde joue selon les mêmes règles » exprime, à sa manière, le besoin d’égalité prôné par François Hollande.
Le Monde a publié, hier, un dessin de Dilem qui me servira de conclusion : on y voit Obama, accoudé à un pupitre, devant sa feuille de route pour sa réélection, et disant «  j’ai téléchargé illégalement le programme de Hollande depuis le site du PS ».


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