Hollande prend les rênes

Dernière mise à jour dimanche, 3 juin 2012 08:25 Ecrit par Gérard Akoun dimanche, 3 juin 2012 08:25

Le 14 juillet 2008, Bachar El Assad assistait dans la tribune officielle au défilé de nos troupes sur les Champs Elysées. Il était l’invité de la France, l’invité de Nicolas Sarkozy. Le 29 mai 2012, François Hollande, nouveau Président de la République annonce l’expulsion de l’ambassadrice de Syrie en France. Certes en 2008, le dictateur syrien ne massacrait pas encore sa population, mais sa présence dans la tribune officielle en avait choqué plus d’un. N’oublions pas que le régime syrien avait été mis en cause dans l’assassinat de Rafik Hariri, l’ex premier ministre libanais.
De plus, cette invitation intervenait alors que le régime avait durci les sanctions contre les journalistes et les intellectuels, qui se battaient pour la liberté d’expression. Déjà l’ONG Reporters sans frontières qualifiait Damas de «capitale de la répression» et la situation n’a fait qu’empirer dans tout le pays, depuis que sa population s’est révoltée pour plus de liberté, pour un changement de régime. Dix mille, douze mille morts recensés, la population civile bombardée, des villes martyres, tous les jours des hommes, des femmes, des enfants sont assassinés froidement, souvent après avoir été torturés. L’ONU, la Ligue Arabe sont impuissantes, l’échec de la médiation confiée à Kofi Annan est criant : vendredi et samedi dernier, cent personnes dont une cinquantaine d’enfants ont été tuées et plus de trois cents blessées à Houlà par l’armée syrienne ou par les « Chabbiha » des milices pro régimes. Les russes et les chinois soutiennent Bachar El Assad, au sein du Conseil de Sécurité, en s’opposant aux sanctions que la communauté internationale pourrait prendre contre Damas, a fortiori, si elles sont d’ordre militaire. Ils considèrent qu’il s’agit d’une affaire intérieure à régler entre syriens et qu’il ne doit pas y avoir d’ingérence extérieure. Cette position est partagée par les membres non permanents du Conseil de Sécurité, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud. Les pays occidentaux, quant à eux, ne sont pas, a priori, favorables à une intervention militaire, ils préfèreraient obtenir le départ de Bachar El Assad en usant de pressions économiques et diplomatiques. Ils savent que la minorité alaouite, une branche du chiisme, qui règne à Damas peut avec l’aide de l’Iran, de l’Irak et du Hezbollah mettre à feu et à sang tout la région en commençant par le Liban.
L’expulsion des diplomates syriens, annoncée mardi par Paris, n’est pas une décision unilatérale de François Hollande, « elle a été prise en concertation avec les partenaires européens », a-t-il précisé. Londres, Rome, Berlin, Madrid ont annoncé, à quelques minutes d’intervalle la même mesure qui vise à mettre au ban des nations, le régime syrien. Dans son interview sur France 2, le Président de la République a déclaré qu’il n’excluait pas « une intervention armée » en Syrie « à condition qu’elle se fasse dans le respect du droit international, c’est-à-dire par une délibération du Conseil de Sécurité. » François Hollande sait pertinemment que la Russie opposera son véto à une telle résolution au sein du Conseil de Sécurité mais le Président Poutine sera à Paris vendredi, et la Syrie sera à l’ordre du jour de l’entretien qu’il aura avec le Chef de l’Etat. En soutenant le dictateur syrien, la Russie défend son seul allié au Proche Orient. Un allié de poids qui lui permet de demeurer un acteur important de la vie la politique dans la région et de bénéficier, aussi, d’une base navale sur la Méditerranée en utilisant le port de Tartous. Mais la Russie, n’est pas sans savoir que Bachar El Assad est condamné à terme, que plus le temps passe, et que plus le nombre des victimes augmente, plus la possibilité d’une solution relativement pacifique s’éloigne. L’aggravation de la guerre civile renforcera, comme on peut déjà l’observer, l’extrémisme islamique et cela à toutes les chances de se faire aux dépens de la Russie. Il n’est pas certain que Poutine fasse, déjà, sienne cette analyse, mais il est évident que Moscou détient la clé du problème syrien et que les occidentaux seront obligés de négocier avec la Russie sa place et son rôle dans la région s’ils veulent abréger le calvaire du peuple syrien.
N’en déplaise à ceux qui s’interrogeaient sur les capacités du président du conseil général de Corrèze à présider un Conseil des ministres, ou à participer à des réunions internationales et à prendre des décisions au plus haut niveau, François Hollande a démontré qu’il était tout à fait compétent, tout en ne faisant pas cavalier seul ou en ne tirant pas la couverture à lui, à la différence de son prédécesseur. Il est, déjà, en train d’imprimer sa marque dans les relations internationales. En fait, avoir dirigé le parti socialiste et avoir réussi à se maintenir à sa tête pendant de nombreuses années a été certainement le meilleur des apprentissages.


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