Hassan Rohani : un conservateur pragmatique

Dernière mise à jour jeudi, 10 mars 2016 08:09 Ecrit par Gérard Akoun jeudi, 10 mars 2016 08:09

Des élections se sont déroulées la semaine dernière en Iran pour renouveler le Parlement et une institution spécifique à la République Islamique : l’assemblée des experts composés de 86 membres religieux élus pour huit ans au suffrage universel direct et dont la fonction principale est d’élire ou de révoquer, mais cela ne s’est jamais produit jusqu’présent, le Guide de la Révolution. Le renouvellement du Parlement, sa composition constituait l’enjeu principal de ces élections dont dépendra l’équilibre des forces entre les réformateurs, les conservateurs libéraux et les ultraconservateurs.
Les élections législatives en Iran, sont démocratiques, mais le dépôt de candidature n’est pas libre ! Une commission ad hoc, composée en majorité d’ultra conservateurs filtre les candidatures si bien qu’un grand nombre de candidats réformistes ou réformateurs n’ont pas été autorisés à se présenter. Cette élection était importante, le peuple devait se prononcer pour ou contre l’accord sur le programme nucléaire iranien conclu le 14 juillet 2015 avec les grandes puissances, un accord qui avait permis la levée d’une grande partie des sanctions financières qui pesaient sur l’Iran ;il devait aussi se prononcer pour ou contre l’ouverture économique à l’Occident, qui permettrait de sortir du sous-développement industriel dans lequel se trouve le pays ; en fait, il devait voter pour ou contre Rohani. En 2012, les réformistes avaient boycotté les élections, cette fois, ils n’ont pas fait la même erreur. À défaut d’être majoritaire, il leur fallait affaiblir les ultras conservateurs. Ils ont donc choisi de soutenir la politique centriste d’Hassan Rohani, en l’occurrence, une alliance, une coalition entre les réformateurs, pris au sens large du terme, et les conservateurs libéraux. Ils ont, donc, mis en veilleuse leurs revendications sur l’élargissement des libertés publiques. Résultat : les modérés ne disposent pas encore de la majorité au Parlement, mais leur nombre a augmenté de manière significative car ils ont conquis tous les sièges à Téhéran ainsi que dans d’autres grandes villes, les campagnes restant plus conservatrices.
Un vent nouveau souffle sur l’Iran, mais Hassan Rohani va avancer à petits pas. Le guide suprême Ali Khamenei l’avait nommé Président de la République islamique en 2013 pour négocier avec les cinq plus un, mandatés par l’ONU, un compromis honorable sur le programme nucléaire de l’Iran et il l’a soutenu tout le temps qu’aura duré la négociation à laquelle les ultras conservateurs étaient opposés. Cet accord devait permettre une ouverture économique pour sortir le pays de la crise mais il n’était pas question de l’accompagner d’une ouverture démocratique. Bien au contraire. Durant ces trois années, sous l’autorité de Rohani, on a continué à bafouer, en paroles, les États-Unis et Israël, on a continué à bruler leurs drapeaux, on a continué les pendaisons publiques. Dans la dénomination République islamique, Rohani retient, en priorité, islamique, c’est un mollah. Il ne veut pas changer le régime mais il se rend compte que les jeunes, les couches moyennes éduquées qui sont nombreuses, supportent de moins en moins la pression religieuse des mollahs. Il est pragmatique, il veut donc faire évoluer le régime. Le vote qui s’est exprimé, en sa faveur en particulier dans les villes lui donne une marge de manœuvre plus importante pour le faire. Son élection à l’assemblée des experts, pour huit ans, renforce sa position dans l’échiquier politique et lui permettra de participer à l’élection du successeur d’Ali Khamenei qui est âgé de 76 ans et serait atteint d’un cancer.
Rohani se trouve à la croisée des chemins, pourra-t-il, voudra-t-il assurer la transition de l’Iran vers un régime plus démocratique, plus pacifique vis-à-vis de ses voisins. Remettra-t-il en liberté les réformateurs Moussavi et Karoubi, en résidence surveillée depuis de nombreuses années ? Cessera-t-il de soutenir le terrorisme ? Cessera-t-il de déclarer je cite : « L’état actuel d’Israël n’est pas légitime ». Les décisions qu’il prendra, à petits pas bien sur, nous éclaireront sur la voie qu’il aura choisi.


1 Commentaire

  1. Alain   |  vendredi, 11 mars 2016 à 14 h 10 min

    Faut pas rêver

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