Faire bouger les lignes

Dernière mise à jour vendredi, 23 septembre 2011 06:33 Ecrit par Gérard Akoun vendredi, 23 septembre 2011 06:33

Une activité diplomatique intense se déploie, actuellement, à New York, pour tenter de convaincre Mahmoud Abbas de ne pas demander au Conseil de Sécurité, d’inscrire à son ordre du jour, l’admission de la Palestine, comme nouvel état membre de l’Organisation des Nations Unies. Pour que cette demande soit agréée, il faut que neuf états au moins, sur les quinze qui composent ce Conseil, émettent un vote positif et que le droit de véto ne soit pas utilisé par un des membres permanent qui en dispose. Mahmoud Abbas n’est pas du tout assuré d’obtenir les neuf voix nécessaires et au cas où il les aurait, les américains se sont engagés auprès des israéliens à bloquer la décision. On assisterait alors à une confrontation ouverte avec les Etats Unis, au sein du Conseil de Sécurité qui ne serait ni dans l’intérêt des palestiniens, ni dans celui des israéliens.
Après s’être entretenu avec le président de l’Autorité Palestinienne, et avoir rencontré Benyamin Netanyahou, Barak Obama s’est exprimé hier en fin d’après midi, à la tribune de l’ONU pour dire aux palestiniens qu’il n’y a pas de raccourcis possibles pour aboutir à la création de l’état auquel ils ont droit. Cet état, ils ne pourront l’obtenir que par des négociations directes avec Israël, par un accord qui portera sur les frontières, sur Jérusalem, sur les réfugiés, sur la sécurité et non par un décret de l’ONU. Le président américain est il, encore, après ce discours à la tonalité très pro- israélienne, le mieux placé pour persuader les palestiniens de renoncer à leur action alors qu’il leur avait promis l’an dernier, à peu prés à la même date, qu’un état palestinien verrait le jour en septembre 2011 ? On peut en douter. Il semble avoir perdu sa qualité d’arbitre impartial dans ce conflit, au moins momentanément, aux yeux des palestiniens mais aussi des arabes qui ont renversé leurs dictateurs. Il a rappelé dans son discours, l’engagement des américains à assurer la sécurité, toujours d’actualité, d’Israël, en insistant sur le fait que cet état se trouve dans un environnement encore très hostile, où sa disparition est souhaitée et où la haine des juifs est enseignée aux enfants dés leur plus jeune âge. Les palestiniens n’y ont pas trouvé leur compte et leur déception est aussi grande que l’est le soulagement des Israéliens qui devraient quand même s’interroger sur le prix qu’ils auront à payer pour ce soutien de Barak Obama, une fois cette session de l’ONU passée. Le président américain est déjà en campagne pour un second mandat et ce discours n’est pas dénué d’arrière pensée électorale.
Nicolas Sarkozy ne souhaite pas, lui non plus, que le Conseil de Sécurité soit amené à examiner la candidature de la Palestine. Il craint les effets négatifs d’un rejet sur les artisans du « printemps arabe »et en particulier la reprise d’un cycle de violence qui embraserait le Proche Orient et qui serait néfaste pour les efforts de démocratisation. Puisque, objectivement, il n’est pas possible, dans les conditions actuelles, que la Palestine obtienne le statut de membre à part entière de l’ONU, Nicolas Sarkozy propose un compromis : que le statut d’état observateur lui soit accordé par l’Assemblée Générale de l’ONU et que des négociations directes reprennent avec les Israéliens pour aboutir dans un an à la création de leur état. Il faut selon Nicolas Sarkozy donner de l’espoir aux palestiniens, et des garanties de sécurité aux israéliens.
Il n’est pas certain que les Israéliens y gagnent au change, parce qu’à travers les propositions de Nicolas Sarkozy, on voit se profiler les conférences internationales chères à notre président mais que les israéliens ont toujours récusées.
Blocage ou compromis, il va nous falloir patienter pour entendre, vendredi, les discours successifs de Mahmoud Abbas et de Benyamin Netanyahou, pour savoir si le premier va, envers et contre tout, tenter quand même de passer en force au Conseil de Sécurité et si le second ne va pas se borner à répéter que les palestiniens sont les responsables du blocage et les appeler à revenir à la table des négociations sans condition préalable.
On souhaiterait que Benyamin Netanyahou sorte de son immobilisme, qu’il dise, certes la « vérité » d’Israël mais qu’il fasse aussi des ouvertures pour reprendre la main, sinon à court ou moyen terme, il se verra imposer une solution qui ne sera pas à l’avantage d’Israël.


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