Comparaison n’est pas raison

Dernière mise à jour lundi, 12 mars 2018 10:33 Ecrit par Gérard Akoun lundi, 12 mars 2018 10:33


Le journal Le Monde a publié dans son édition, du 20 février une tribune de Zeev Sternheel, l’historien spécialiste du fascisme, sous le titre extrait du texte : « En Israël pousse un racisme proche du nazisme à ses débuts » Le Monde a pris la précaution de préciser, à l’attention de ses lecteurs, sans doute pour ne pas être taxé d’israélophobie, qu’une tribune sur le même thème, du même auteur avait paru dans le journal Haaretz.

Zeev Sternhell, n’est pas le premier israélien de renom à s’inquiéter des atteintesaux valeurs démocratiques sous les gouvernements dirigés par Benyamin Netanyahou. Le 5 mai 2016 le chef d’état-major adjoint de Tsahal, Yair Golan avaitdéclaré que « la Shoah devait nous pousser à réfléchir sur la nature del’homme, même quand cet homme est nous-même. S’il y a quelque chose qui m’inquiète dans les commémorations de la Shoah, c’est de voir les processus nauséabonds qui se sont déroulés en Europe en général et plus particulièrement en Allemagne, il y a 70,80, 90ans, de voir des signes de cela parmi nous en cette année 2016 ». Le 21 juin 2017 l’ancien Premier Ministre Ehud Barak déclarait à la télévision allemande à propos de la situation en Israël : « Ce n’est pas encore l’Apartheid mais nous sommes sur une pente dangereuse »
Zeev Sternhell veut tirer la sonnette d’alarme mais ce n’est pas en comparant le sort des juifs sous les nazis avant la deuxième guerre mondiale et celui des palestiniens en Israël aujourd’hui, qu’il y arrivera. Comparaison n’est pas raison. Les juifs allemands étaient fiers d’être des citoyens allemands,ils furent privés de tous leurs droits civiques, ils furent chassés de leurs emplois, maltraités, enfermés dans des camps pour certains, obligés d’émigrer sans trouver de pays pour les accueillir, sans soutien international. Zeev Sternhell déclare dans sa tribune je cite : « il est possible que sans la seconde guerre mondiale « le problème juif » se serait soldé par une émigration « volontaire » des juifs des territoires, sous contrôle allemand. » Comment peut-il supposer cela, ce sont les allemands qui ont déclenché la guerre ! Le nazisme dès ses débuts et dans ses textes fondateurs eux-mêmes, avait pour intention ultime de vider l’Allemagne de ses juifs en les excluant, puis en les internant, enfin en les exterminant. Je ne peux imaginer que de telles idées aient pu germer dans l’esprit de dirigeants israéliens même les plus extrémistes. Les palestiniens sont soit des citoyens arabes israéliens avec, en principe, tous les droits de leurs concitoyens juifs àl’exception du service militaire, dont ils sont exemptés, soit les habitants de territoires occupés avec toutes les contraintes, que cela implique, et qui n’ont que trop duré.
L’occupation persistante des territoires, l’impossibilité d’aboutir à un
accord avec les palestiniens qui n’est pas du seul fait des israéliens, même s’ils pensent, à tort, que le statu quo leur est profitable, la tentation d’annexer une grande partie des territoires occupés encouragent la montée de mouvements ultra nationalistes, ultra religieux qui considèrent que les droits de l’Homme les seuls valables sont ceux des juifs. Netanyahou n’est pas un ennemi de la démocratie, mais il est prisonnier de ses alliances avec des partis au nationalisme exacerbé qui, comme le dit Zeev Sternhell dans sa tribune, considèrent que : « la démocratie libérale n’est rien qu’un infantilisme, (..) qu’une victoire électorale justifie la mainmise sur l’Etat et la vie sociale » et que la force primesur le droit des autres. C’est du fascisme, ce n’est pas du nazisme ; Ayelet Shaked ministre de la justice et numéro deux du parti sioniste religieux le Foyer Juif, veut faire voter une nouvelle loi qui a pour objectif de soumettre les valeurs universelles des droits de l’homme aux valeurs particularistes du nationalisme juif. Elle veut ainsi affaiblir la Cour Suprême dont les décisions sont le plus souvent prises dans un sens libéral. Adepte de l’annexion des territoires occupés, elle n’hésite pas à déclarer « les droits de l’Homme devront s’incliner devant la nécessité d’assurer une majorité juive dans le territoire israélien élargi. ».Il en découle par conséquent que les palestiniens des territoires annexés n’aurontni nationalité israélienne ni droit de vote. La raison en est simple, pour les plus extrémistes au sein de la majorité au pouvoir : les arabes ne sont pas juifs, ils n’ont donc pas le droit de prétendre à la propriété d’une partie quelconque de la terre promise au peuple juif. Comme le dit, dans une interview au Haaretz, citée par Zeev Sternhell, le député Likoud Miki Zohar, « je veux le palestinien comme résident et ceci du fait de mon honnêteté, il est né ici, il vit ici, je ne lui dirais pas de s’en aller. Les Palestiniens souffrent d’une lacune majeure : ils ne sont pas nés juifs. » Israël s’enorgueillit encore et à juste titre, d’être la seule démocratie de la région, mais si la citoyenneté devait être définie par la religion, il deviendrait un pays d’Apartheid.
Pour conclure, je dirai que si cette tribune de Zeev Sternhell peut servir, en Israël d’argumentaire pour les partisans de deux états séparés, en France, elle ne peut, pour des lecteurs mal intentionnés ou peu avertis, qu’alimenter l’hostilité envers Israël et les juifs.

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